Une écologie de la Bonté : réconcilier l’humain et le vivant

Écologie · Bonté · Sobriété

Une écologie de la bonté : réconcilier l’humain et le vivant

Et si l’écologie ne pouvait devenir pleinement efficace qu’en reliant la protection du vivant à notre transformation intérieure ? Cet extrait propose une écologie chaleureuse, sociale et spirituelle, fondée sur la compassion, la sobriété heureuse et l’harmonie avec l’ensemble du vivant.

Couverture de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant

L’Écologie de la Bonté

Un manifeste pour replacer le vivant, l’empathie et la conscience au cœur de nos choix individuels et collectifs.

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Réconcilier l’écologie intérieure et l’écologie extérieure



Une nouvelle approche de l’écologie1 est nécessaire. Une vision seulement technique et technocratique, administrative et politique, vaguement progressiste et mollement humaniste, ne peut résonner dans nos cœurs : elle n’emmènera jamais la majorité des êtres humains avec elle. On le voit aujourd’hui : en plus d’être piétinée par un système économique aveugle et destructeur, l’écologie ne provoque aucune motivation profonde, aucun élan suffisant… Elle est perçue comme punitive, contraignante et ennuyeuse.

L’écologie nous invite à nous remettre en question. Mais pourquoi ? Pour le vivant ? Pour nos enfants ? C’est encore trop éloigné de nos misères quotidiennes.

Je crois en une écologie chaleureuse, portée par l’Amour et la conscience, dans le but de créer les bases d’un monde nouveau. L’écologie ne doit pas être un ministère, ni un secteur particulier de nos existences : elle doit être pleinement associée à nos vies elles-mêmes.

Pour devenir efficace, notre écologie extérieure – prendre soin de nos écosystèmes et de la biodiversité – doit être mise en relation avec notre écologie intérieure. Ne pas le faire, c’est courir aux déceptions et au désespoir. La contrainte seule ne convaincra jamais les êtres humains que nous sommes aujourd’hui, déjà essoufflés par notre propre quête d’oxygène. Nous évoluons dans un système stressant, visant par nature le profit et la croissance. Celui-ci nous incite à consommer toujours plus, à scroller sur nos écrans, à voyager en avion, à manger des animaux et à nous soigner aux anxiolytiques, tout en nous coupant de la nature. Aurons-nous le temps et le loisir, en pleine noyade, de nous inquiéter des écosystèmes, alors que ceux-ci deviennent de plus en plus extérieurs à notre réalité ?

En vérité, si nous n’opérons pas une rupture intérieure, si nous n’allons pas à la racine de nous-mêmes, c’est-à-dire à l’origine de nos peurs, de nos manques, de nos logiques de compensation, aucune écologie extérieure ne sera jamais véritablement mise en place. L’écologie doit être une révolution. Une révolution pleine et entière : celle du cœur. Ne pas comprendre cela, c’est emmener la jeunesse dans la désillusion et l’amertume.

Nos béances devraient être prises au sérieux. Il semble nécessaire d’avoir des objectifs élevés, prenant en compte nos besoins vitaux sur un plan physiologique, psychologique, social, émotionnel, intellectuel et spirituel. Ainsi, nous serions en mesure d’associer la protection du vivant à notre bonheur intérieur.

Cette mise en lien entre les écologies intérieure et extérieure n’est pas artificielle : nous formons un tout, une grande sphère du vivant. Nous sommes dépendant·e·s du bien-être de notre monde. Si la nature – dont nous faisons intrinsèquement partie – va mal, nous irons mal. Si elle va bien, nous irons bien. L’inverse est également exact.

Rappelons que notre bonheur ne consiste pas en l’accumulation de richesses financières et de biens matériels. C’est un leurre. Vivre au présent, en harmonie avec la nature – donc avec nous-mêmes – est la garantie d’un épanouissement individuel et collectif. Notre pyramide de domination au sein de la société humaine est à mettre en parallèle avec notre pyramide de domination au sein de la nature.

Et si nous descendions enfin de notre piédestal ? Si nous cessions cette emprise de l’ego sur nous-mêmes et sur les autres ? Nous pourrions viser l’harmonie avec tout ce qui existe, dans l’amour, le respect, l’attention bienveillante pour autrui. Cela nourrirait nos sociétés bien plus que cette compétition et ces courses individuelles aux carrières, à l’argent, à la réussite éphémère.

Une écologie de la bonté n’est pas une écologie prioritairement technique et politique. C’est avant tout une écologie sociale et humaine. Il s’agit donc d’une écologie spirituelle qui embrasse le vivant : chaque animal et chaque être vivant devraient être pris en compte. Mais ne nous arrêtons pas là : chaque ensemble naturel, comme les forêts, les montagnes, les fleuves, les ruisseaux, les mers ou les prairies, pourrait être considéré plus sérieusement ; ils ont leur propre équilibre, leurs propres besoins. Cette vision est le socle d’une harmonie nouvelle, d’une paix inédite entre les êtres humains et le reste du monde.

Vous l’aurez compris, cette paix avec l’extérieur passe par la paix intérieure. L’être humain a tout intérêt à se réconcilier avec lui-même ; une écologie sans compassion universelle serait vouée à l’échec.

Dissocier l’écologie de nos progrès sociaux, moraux et spirituels, équivaudrait à la tuer dans l’œuf. Car une écologie sans bonté n’est que la négation d’elle-même.

« Puissent tous les êtres être heureux » est un véritable slogan écologiste.2 Voici une écologie réaliste, qui a de l’avenir ! Ce mantra pourrait être récité avant chaque session politique, afin de rappeler à nos responsables que la bienveillance est la clé de voûte d’une société heureuse. Tout le reste n’est que détail. Nous serons capables de tout inventer, une fois que nous aurons défini une orientation claire.

Schéma comparant une hiérarchie de domination à une harmonie avec le vivant
De la hiérarchie de domination à l’harmonie avec le vivant.

Stop au massacre des animaux

Comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, diminuer drastiquement notre consommation de produits animaux est un premier pas vers le respect et l’harmonie. Une personne écologiste cherchant à ne plus participer à la mise à mort des animaux se rapproche naturellement d’une relation plus cohérente et plus sensible avec le vivant. La compassion devient alors une réalité vécue, et non un simple discours. N’oublions pas qu’une démarche écologiste est d’autant plus puissante qu’elle convainc les cœurs autant que les esprits. Aussi est-il essentiel de joindre l’action concrète aux slogans.

Vers une transition végétale et une agriculture pacifique

Une révolution agricole est nécessaire. Nous devons sauver nos sols et nos rivières de la pollution liée à l’élevage intensif, limiter le dérèglement climatique et tendre vers une véritable souveraineté alimentaire. Pour cela, transformer profondément notre modèle agricole devient incontournable. Dans ce cadre, nous pourrions opter majoritairement pour une agriculture pacifique, bio et végane. Aujourd’hui, le travail de certains paysans et ingénieurs agronomes porte ses fruits. Nos systèmes agricoles basés sur l’exploitation animale ne sont plus les seuls à pouvoir exister de façon viable et productive, y compris sur le plan de la gestion des sols (engrais, équilibres).3 L’agroécologie est un domaine d’avenir et la permaculture nous laisse entrevoir des horizons nouveaux. Arrêter le labour, couvrir les sols de façon permanente et effectuer une rotation des cultures est une voie nouvelle qui respecte les sols vivants.

Stop aux industries agro-alimentaires : rendons les sols aux citoyens paysans

Il est temps de nous libérer des grandes industries qui ont piégé les paysan·ne·s, et de stopper ces grandes monocultures intensives qui polluent l’environnement. Supprimons cette addiction aux pesticides, qui nous emmènent à la mort. Soyons libres d’utiliser des semences de qualité, traditionnelles et adaptées aux régions ; partageons-les sans dégager de profits ; militons pour un sol vivant respectant la biodiversité et la santé des citoyens ; remettons en question l’usage des sols, qui devraient appartenir à l’ensemble des êtres humains, et non à quelques personnes souvent dépendantes des industries. Les sols et l’eau sont notre richesse commune : les avoir privatisés, puis rendus malades, constitue une entrave au bien-être général.

Un nouveau droit pour tous les êtres vivants et les écosystèmes

Accordons un véritable droit à toutes les entités vivantes et à tous les écosystèmes, afin qu’ils soient respectés dans leur intégrité. Arrêtons l’exploitation sans frein des milieux naturels : vivons plutôt en harmonie avec eux. Prélevons ce dont nous avons besoin, oui, mais dans le cadre d’un accord et d’un compromis avec tout ce qui existe. Les nouveaux tribunaux devront prendre en compte le droit d’exister sans entrave de toutes ces entités naturelles.

Solutions écologiques et sobriété

Rappelons qu’il est nécessaire de mettre un grand coup de frein à notre surconsommation. Les vêtements ou les meubles de mauvaise qualité, les objets superflus, les gadgets en plastique non biodégradable : cette surproduction doit cesser. Il suffit de le décider. Passons massivement au marché de l’occasion – tellement de choses ont déjà été produites sur Terre ! – et créons des lois empêchant l’obsolescence programmée de nos produits électroniques et électro-ménagers. Réparons, échangeons, recyclons.

Le bonheur et la sobriété vont si bien ensemble ! Comment pourrait-on croire, en effet, que nous serons plus épanoui·e·s en possédant plus ? Apprendre la sobriété heureuse (à partir du moment où nos besoins vitaux sont satisfaits) est une voie d’épanouissement collectif. Abandonner notre modèle actuel, dépendant des énergies fossiles, est urgent : celui-ci aliène les populations, en particulier les jeunes.

Il existe nombre de solutions. Par exemple, la culture du chanvre et du bambou : ces végétaux sont de véritables aspirateurs à carbone, ne nécessitant quasiment aucun intrant chimique. C’est une réponse pour le textile, le bâtiment et le papier. Les microalgues et le phytoplancton peuvent produire des protéines ou des biocarburants. L’agrivoltaïsme, lui, combine panneaux solaires mobiles et cultures : les panneaux protègent les plantes du soleil tout en produisant de l’énergie propre. Les batteries au sodium-ion (issu du sel marin), l’hydrogène « vert » (produit par électrolyse de l’eau) et l’hydrogène « blanc » (présent dans les sols) sont autant de voies prometteuses pour produire de l’énergie. Utiliser le vent, les marées et le soleil de façon plus efficace est encore possible. Sans compter tout ce que nous découvrirons encore, une fois dégagés de l’emprise de certains lobbies industriels et financiers.

Quant au nucléaire, nous pourrons abandonner la fission (qui produit des déchets radioactifs et dépend de l’uranium) pour la fusion (déchets à vie courte sans haute activité et sans besoin de ressources rares), dès que la technologie sera mature.

Cependant, j’insiste : tant pour des raisons écologiques que sociales, abandonner l’objectif de la croissance éternelle est incontournable. La sobriété peut être vue non comme un sacrifice, mais comme un nouvel horizon pour la population. Tout dépend de nos récits communs.

Aujourd’hui, réduire notre consommation d’énergie ou transformer notre alimentation rime avec privation, car nous sommes dépendants de nos trains de vie. Pourtant, si nous visons un bonheur authentique, cette réduction ne sera plus vécue comme un manque, mais comme une porte ouverte sur de nouvelles libertés. Abandonner nos habitudes actuelles, c’est briser nos chaînes. Cela peut être ressenti comme une véritable libération.

En conclusion, réveiller notre intelligence du cœur peut déboucher sur une écologie naturelle, qui n’aura même plus besoin de porter son nom.


« Une écologie sans bonté n’est que la négation d’elle-même. »

Notes

  1. Ici, « l'écologie » désigne un mouvement de pensée et d'action visant à protéger la nature et à réduire l'impact des activités humaines sur la planète.
  2. « Puissent tous les êtres être heureux » est un mantra bouddhiste.
  3. Les exemples de fermes végétaliennes et bio commencent à fleurir : en Suisse (la Ferme de Wäberhof – 50 ha), en Allemagne (Les produits de la Vie – 400 ha), en Belgique (Vtopia – 5 ha). Contrairement à l'agriculture conventionnelle, ces terres ne reçoivent aucun lisier ni fumier, l'apport organique étant constitué uniquement de compost végétal et de poussière de roche (agriculture dite « pacifique »).

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Retrouvez cette réflexion ainsi que les propositions développées dans L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant.

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Guillaume Corpard

À propos de Guillaume Corpard

Auteur, conférencier et musicien, Guillaume Corpard est notamment l’auteur de L’Écologie de la Bonté, Le Grand (R)Éveil et Un Cri pour la Terre. Depuis plus de quinze ans, il explore les liens entre écologie, empathie, éducation, démocratie et transformation de nos sociétés.

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