Poèmes de Guillaume Corpard – Recueil de poésie engagée et spirituelle
Poèmes de Guillaume Corpard
Une sélection de poèmes écrits entre 2005 et 2026. Certains figurent dans Pipa, la légende du poisson doré & poèmes et dans L’Écologie de la Bonté. Un recueil plus vaste de poésies, de textes et d’aphorismes est prévu pour l’automne 2026.
Poèmes choisis (2005-2006)
Les oiseaux
J’aime les oiseaux parce qu’ils migrent,
Ils visitent la Terre en silence.
Ils vérifient la rotondité du monde,
La grâce des couleurs,
La profondeur des brumes.
Ils voient la terreur des hommes,
Leur génie.
Ils pleurent et sourient,
Claquent un peu du bec,
Passent d’un ciel à l’autre.
Lacs, forêts, villes et plaines longues,
Partout est chez eux.
Plumes pourfendeuses d’éternité,
Zébreuses de firmament !
Sous la neige, dans le vent,
Dans le jaune du soleil !
***
La terre
Les paysans ont rempli leur office.
Les blés, le maïs,
Et puis les betteraves.
Les betteraves par milliers.
Des montagnes de betteraves,
Sur lesquelles je trône.
Je tends les bras dans le vent nocturne
Pour m’ensevelir de ciel.
Les hommes ont tout pris,
Ils ont cueilli le monde.
Le soleil sombre vite,
L’hiver s’approche
À grands pas glacés.
Repose-toi, Terre-mère.
Endors-toi ;
Refais-toi.
***
À l’aurore des nouveaux mondes
Quand le courant remontera la rivière
Et que les arbres fleuriront en hiver,
Quand les montagnes s’affaisseront
Et que la neige remontera au ciel,
Quand l’Univers sera poussière,
Silencieux et froid,
Et que le temps ne sera plus
Qu’un lointain souvenir…
Quand il n’y aura plus rien,
Une absence de tout,
Je t’aimerai encore,
Je serai près de toi.
***
Nuit sans idéal
Ah ! Que ton corps devient lourd,
Pauvre vieux triste et que j’aime !
Tes yeux vifs crient au secours,
Ton cœur étouffe ici-même.
Depuis leur prison démente,
Tes mots tombent, résignés,
Pauvre angelot de mort lente,
Ta bouche lasse se tait.
Les vues hautes contrariées,
Les humeurs devenues sombres,
Tu étais loyal en mai,
Tu es haineux en décembre.
Tu n’es plus qu’un solitaire,
Une étoile dérivante,
Un point lointain sur la mer,
Aux espérances navrantes.
Ce n’est pas un espadon,
Ni même un monstre marin,
Ni encore Poséidon,
Qui emportera ce point.
Mais une vague maigre,
Dans un silence banal,
Une nuit grise ou bien nègre,
Une nuit sans idéal.
***
Aux portes du présent
Je suis aux portes du présent,
Et me voilà figé.
Souffle divin, pousse-moi !
***
Unifier le royaume
Tout comprendre en un seul éclat,
J’ai tout vu.
Les étoiles, les nuages, les arbres me montrent
Comment unifier le Royaume.
Comment panser les plaies,
Comment guérir les peines.
Comment rendre le monde au monde.
Sérénité absolue
Sur les champs de nos ruines.
Élévation, sourire neuf
Sur les cadavres de nos élans.
***
Printemps nourricier
Ah, j’avais tort d’angoisser !
Dans le noir, on oublie le printemps.
Mais il est revenu, le printemps nourricier !
Pâquerettes, boutons d’or, clochettes dandinantes ;
Marguerites aux cœurs de velours, reines des prairies !
Herbes insolentes bordeuses de rivière,
Allées de bouleaux, errant solitaire.
Janvier, février ont échoué !
La nature imprime déroule son tapis,
Encore une fois, encore cette fois au moins.
Violettes élégantes, multipliées sous les bois,
L’eau déambule, roulis liquide et coulant.
Je caresse les blanches écorces parfumées,
Vieilles peaux d’arbres, apaisantes apaisées.
Il y a notre étoile en reflets vifs,
Le bourdonnement des abeilles,
Furtives vagabondes, magiciennes de miel ;
Elles ronronnent, chattes saoules, zébreuses de ciel,
Taquinent les bourgeons à flanc de rais d’or !
Tout embaume à l’excès ;
La tiédeur odorée
Enivre de regain.
Les chenilles avivées, naïves passagères,
Sont les discrètes Icare de la saison-mère.
Insectes cuivrés, oiseaux criards,
Lézards rapides à l’appétit grand !
Moucherons entêtants aux arabesques entêtées,
Microscopiques dragons, commères des forêts…
Et moi dans les fleurs,
La chaleur du monde
Hâle ma pâle peau d’hiver.
Il ne manque rien.
Tout est là, en ordre,
Comme la dernière fois.
Ah, mais j’avais tort d’angoisser !
J’avais oublié.
***
N’être pas Dieu
Où sommes-nous ?
Quand sommes-nous ?
Pourquoi tout ça, plutôt que rien ?
Je hurle ces questions
Et je déchire le vide.
Aucune couleur.
Pour seule réponse,
Mon cœur.
Mais ce sang qui pulse dans mes veines,
Est-ce moi ?
M’arracher de ce corps.
Être tout.
Tout savoir.
N’avoir peur de rien.
Quelle horreur de n’être pas Dieu !
***
Poèmes plus récents
J’aurais voulu tant aimer
Composé le 28 juin 2021 · Écouter le poème en vidéo
Je pense aux mains tendues que jamais je ne saisis,
Aux regards perdus que je laissai se perdre,
À ces pensées d’amour reçues sans sagesse.
Je pense à ces nombreuses questions, venues dans ma
direction,
Auxquelles jamais je ne répondis vraiment.
Qu’y avait-il, pourtant, de plus invitant ?
Je me rappelle maintenant les minutes écoulées
Pour rien, ou si peu de choses.
Je pense aux jours perdus, aux nuits sans issue.
Et je pense encore à ces êtres transis,
À ces malades solitaires,
À tous ces enfants nous réclamant sous le Ciel.
Que faisais-je, alors ?
Je pense à cet animal inconnu,
Que personne n’entend plus dans le hangar obscur.
Je pense à ses heures d’attente, entravé de chaînes,
Puis à cette lame froide que personne n’arrêtera.
Je pense à l’enfant seul regardant la lune,
N’osant même plus lui poser de questions.
Il est pétrifié sur sa colline immonde,
Juste au-dessus de sa cabane de fer.
Je vois son visage sale et ses yeux clairs
Sous les étoiles pures qui ne l’abandonnent pas.
Que fis-je pour lui, vraiment ? Où étais-je, alors ?
Qui étais-je pour cet enfant des étoiles et de la lune ?
Perdu que je suis encore, dans ce fatras d’illusions.
Au milieu de mon retour vers Dieu, si difficile.
Je pense à celles que je fus incapable de grandir.
À ceux que je n’honorai pas de mon intelligence.
Je pense à ces jours et ces nuits au goût d’amertume et d’abîme.
Que faisais-je, alors ?
Quelle force me poussait
À perdre mon temps ainsi,
À ne pas Aimer ?
Au plus profond de ma peine ou lové dans le Soleil,
Je n’ai trouvé qu’une issue à notre malheur.
Mes frères, mes sœurs,
C’est le Graal que j’ai trouvé,
La coupe pleine de vide.
Autant que vide de plein.
Au fil de mon retour au Père,
Mon inlassable chemin.
En vérité, les yeux de mon âme le voient bien :
Enceinte de l’Esprit,
Elle reçoit le poème
Soufflé de là-Haut.
La seule issue à notre enfer,
C’est Aimer.
Aimer d’Amour, comme le Ciel nous aime.
Et nous aimera toujours.
Notre enfer est notre enfant,
Le fruit de notre éloignement.
Cette liberté acceptée,
Ce voyage consenti,
Nous l’achèverons tôt ou tard.
C’est ainsi.
Le Paradis nous tend les bras,
Pourvu que l’on s’oublie
Et que l’on se rappelle de Lui.
Que l’on se rappelle à Lui.
Lui est notre Soi,
Notre Soi le plus intime,
Le plus réel, le plus ineffable,
Inscrit sur le fronton de nos anciens.
Alors que je terminais l’écriture de mon Manifeste pour le vivant, deux poèmes « coulèrent » de ma plume, en ce mois de mars 2026 : Le Nouveau Monde et Plus rien d’autre qu’un long rire. Ces textes sont, finalement, un condensé de L’Écologie de la Bonté.
Le Nouveau Monde
Mars 2026 · Extrait de L’Écologie de la Bonté
Nous embrasserons la haine et la couvrirons d’amour
Nous remplirons nos peurs d’espérance et de joie
Nous trouverons la Lueur au milieu des ombres
Nous donnerons tout, d’avoir tant reçu
Nous nous élèverons, bien heureux et nus
Nous tendrons la main aux êtres de passage
Les libérant un à un de nos cages
Nous bâtirons la Terre Heureuse
Et ferons l’union nouvelle
Nous serons le centre et le cercle
L’intérieur et l’autour
Au-dessus des frontières et des nations
Nous établirons la paix, la nouvelle harmonie
Nous ferons de ce vieux monde usé et las
Notre nouvelle Terre, un Paradis.
Plus rien d’autre qu’un long rire
Mars 2026 · Extrait de L’Écologie de la Bonté
Et encore ! Ceux-ci nous serviront à arrimer nos bateaux
Pour mieux nous affranchir de nos ports !
Nous sommes nés pour courir,
Tombés pour aimer,
Vivre sans Patrie,
Comme les oiseaux réunis.
La Vie, rien que la Vie !
L’Amour, rien que l’Amour.
J’ai oublié nos chaines, nos haines et nos murailles !
Ouvrons nos fenêtres et voyons les volatiles :
Ils n’ont pour but que le Ciel.
Un jour, nous ne mourrons plus pour leurs idées fugaces
Nous ne saignerons plus pour leurs patries fantoches ;
Nous nous envolerons de joie sous les drapeaux immenses
De l’humanité multicolore ; infinie.
Nous serons les alliés des arbres et des animaux,
Des rivières et des étoiles.
À force d’essais et de souffrances, nous aurons trouvé le plus beau
Et le plus vif de tous les voyages : celui vers l’Origine.
Nous pardonnerons tout et rirons bien ensemble,
Comme un seul être de multitude.
Nous rirons tout là-haut, tout en haut de nous-mêmes ;
Dans le même sein. Dans le même rêve.
Écoutez ce rire,
Il n’y a plus rien d’autre qu’un long rire.
Ces poèmes sont publiés ici avec l’accord de l’auteur. Toute reproduction ou diffusion, même partielle, nécessite une autorisation écrite préalable.
