Éducation · École · Enfance
Pourquoi l’école doit changer : repenser l’éducation de nos enfants
Et si la transformation de notre société commençait à l’école ? Cet extrait de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant propose de repenser en profondeur l’éducation de nos enfants : moins de compétition, davantage de coopération, de nature, d’autonomie, de joie et d’attention portée aux liens humains.
L’Écologie de la Bonté
Un manifeste pour replacer le vivant, l’empathie et la conscience au cœur de nos choix individuels et collectifs.
Découvrir le livrePréparer les fondations du monde de demain
Existe-t-il un sujet plus essentiel ? L’éducation de nos enfants consiste à préparer les fondations du monde de demain. N’oublions jamais que les enfants sont les graines de notre avenir. Or, rien n’est plus important que ce que nous semons maintenant. L’enfance et la jeunesse sont donc des périodes de la vie nécessitant toute notre attention et tout notre amour.
Il est grand temps, tout d’abord, de protéger nos enfants. Les protéger de la violence ambiante, de notre système marchand, des écrans, de nos névroses ou encore de l’hypersexualisation de nos rapports. Il est temps de les préserver d’une alimentation transformée saturée de sucres, de pesticides, de conservateurs et de produits animaux. Et, surtout, il est temps de les protéger de cet éloignement tragique du vivant.
Notre morosité, nos colères, notre stress, notre morale fluctuante les atteint : ne devrions-nous pas tout tenter pour éviter de contaminer nos progénitures dès leur plus jeune âge ? Je ne tiens pas à nous culpabiliser, car nous faisons ce que nous pouvons dans une société malade et anxiogène ; il n’est pas question non plus de mettre nos enfants sous cloche en les surprotégeant. Cependant, n’est-il pas nécessaire de nous fixer quelques objectifs élevés pour avancer ?
Les petits sont des éponges qui tentent de reproduire tout ce que nous faisons. Dès lors, la chose la plus importante est le modèle que nous leur offrons. Les paroles et les leçons de morale, en particulier quand ils sont très jeunes, ont assez peu d’impact. Les enfants nous observent, nous écoutent, puis ils font comme nous. Nous sommes des exemples permanents. La violence que l’on voit dans les cours d’écoles, les phénomènes de rejet et de harcèlement, le racisme, le sexisme, la compétition, le mépris ou l’indifférence sont la plupart du temps le reflet impitoyable de ce que nous sommes à la maison, ou de ce qu’ils absorbent dans leur environnement culturel et social. Oui, nos enfants nous imitent ou réagissent à nos propres mal-être ; et ce n’est pas toujours beau à voir.
Sur un plan scolaire, que devrions-nous assurer en priorité pour nos enfants et nos adolescents ? Une bonne croissance cognitive, certes. Mais, surtout, il serait opportun de développer chez eux les réflexes et les valeurs qui changeront définitivement notre approche de la vie.
Développer l’amour de soi chez chaque enfant, c’est construire le socle d’une société apaisée. Apprendre aux jeunes à nourrir une haute estime d’eux-mêmes sans écraser personne est la clé pour un futur harmonieux. De même, enseigner à nos enfants que chacun·e est responsable de son propre bonheur, tout en pouvant contribuer à celui des autres, est le gage d’une métamorphose sans précédent. Aussi, les leçons d’empathie et de confiance en soi sont celles que nous devrions donner en priorité, tout au long de la scolarité – quitte à le faire de façon transversale. Apprendre à reconnaître ses besoins vitaux afin d’y répondre avec justesse ; développer le goût de la joie et du vivre ensemble, dans un climat de sécurité collective ; apprendre à considérer l’altérité non comme une menace ou un danger, mais comme un soutien bienveillant potentiel ; apprendre à communiquer de façon non violente ; développer ses talents propres au-delà du conformisme, en évitant de se comparer aux autres ; découvrir les structures psychiques humaines, afin d’être en mesure de gérer et de choisir ses propres émotions, tout en comprenant celles des autres ; développer un goût prononcé pour la nature, en passant beaucoup de temps à l’extérieur ; apprendre la compassion pour tous les êtres ; réfléchir au sens du monde et à notre place dans le monde ; apprendre à construire, à cultiver, à manger, à guérir, à méditer, à respirer… : voici quelques idéaux à envisager, qui nous permettraient de former de nouveaux êtres humains autonomes, libres, forts et rayonnants au sein de la collectivité.
L’école de la violence et de la compétition
Pour atteindre de tels objectifs, l’école devrait changer en profondeur. Actuellement, celle-ci est structurée autour de matières cloisonnées, ce qui se révèle peu efficace pour développer la souplesse et l’intelligence globale. Elle mise sur l’enfermement et une relative inactivité des élèves, déresponsabilisés et individualisés dans leur travail (les notes sont pratiquement toujours individuelles). C’est parfait pour briser la coopération et la remise en question collective d’un système. Tout le monde suit le même programme selon le même tempo, quels que soient les goûts ou les aptitudes de chacun·e : en conséquence, très peu d’élèves sont épanouis et à l’aise. Les résultats – puisque l’on attend des résultats de leur part ! – sont sanctionnés par des notes. Très tôt, on apprend à être jugé·e et catégorisé·e. Les enfants comprennent vite qu’ils ont intérêt à répondre correctement, pour ne pas être notés négativement. Il faut donc être performant·e, si l’on veut être félicité·e par le système… Autrement dit, il faut être obéissant·e pour être aimé·e et reconnu·e ! D’ailleurs, les erreurs se paient cash : quand on fait des fautes, on perd des points. L’erreur fait donc peur, alors qu’elle devrait être un élément moteur de notre apprentissage.
Évidemment, les élèves s’identifient à leurs notes, plus ou moins consciemment : les mieux notés se sentiront les meilleurs (ce sont les futures élites, mieux payées et jouissant d’un statut social plus glorieux que les autres) ; les élèves aux notes moyennes – le ventre mou de la classe, la majorité du troupeau – se sentiront bien souvent médiocres, et ce tout au long de leur vie ; enfin, la queue du peloton – les cancres ! – sera composée d’éléments se croyant mauvais, voire « nuls ». Ces méthodes d’un autre âge posent un réel problème : elles tendent à étouffer l’esprit critique et contribuent à maintenir un ordre social fondé sur l’obéissance, la discipline et la peur de la sanction. C’est une fabrique à névroses, et surtout la négation de la vie elle-même.
Les meilleurs élèves sont les individus les plus adaptés à ce système de compétition, qui ne dit pas son nom : ils deviendront donc la fine fleur de la société, sélectionnée par la machine pour son intelligence logico-mathématique ou linguistique – il y en a pourtant tellement d’autres ! – et, surtout, pour son conformisme. C’est presque naturellement que ces élites maintiendront ensuite cet état d’esprit d’« écrémage » et de sélection, en dirigeant elles-mêmes les administrations et l’État… Puisqu’elles sont particulièrement adaptées au système, pourquoi changeraient-elles quelque chose ? Ainsi, la boucle est bouclée. Autrement dit, les règles favorisant un certain profil de gagnant·e·s sont maintenues par les gagnant·e·s eux-mêmes. Au passage, constatons que nos élites ne veulent généralement pas d’une révolution, quelle qu’elle soit… Car le système est fait pour elles.
Finalement, les années qui devraient être les plus belles, les plus insouciantes et les plus joyeuses de notre existence – notre enfance et notre adolescence – sont bien souvent les plus ennuyeuses, les plus moroses, les plus stressantes. On pourrit littéralement la jeunesse de nos bambins. Ce n’est pas étonnant, quand on sait que ce sont les Jésuites qui ont créé ce système d’examens, de notes et de classements, à une époque où l’on formait la noblesse et la grande bourgeoisie dans le but qu’elles dirigent le monde.1
En réalité, nous fabriquons davantage des élèves divisés et apeurés que des citoyens libres, autonomes et capables de partager le pouvoir. Par exemple, il n’existe aucune forme de démocratie directe dans nos systèmes scolaires conventionnels. Au contraire, on apprend aux enfants à élire des délégué·e·s de classe qui les représenteront, sans aucun pouvoir ; de même, il n’existe aucun espace de concertation pour prendre des décisions collectives. Cela nous prépare si bien à nos élections de présidents et de présidentes de la République, sans participation citoyenne directe pour l’organisation de la cité !
Notre école n’a encore produit aucune rupture fondamentale avec son passé. Si elle est l’héritage d’un système pensé pour former des élites, elle est aussi parfaitement organisée pour fabriquer une masse de soldats/ouvriers. La quête de la perfection – le fameux 20/20 – fait ressortir quelques gagnant·e·s qui auront une grande confiance en eux-mêmes, mais elle démobilisera surtout une grande partie du troupeau. Au lieu de fabriquer des poètes, des jardiniers, des humanistes et des philosophes, on est occupé à préparer des armées d’ingénieurs pour continuer de numériser le monde, des financiers pour diriger l’économie, et des élites de l’administration pour nous gouverner. Pour les autres, ils·elles se sentiront suffisamment médiocres pour se soumettre aux décisions des « intelligents », qu’elles soient politiques, sociales, commerciales ou technologiques.
Comme le dit cette formule attribuée à Einstein : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il vivra toute sa vie en croyant qu’il est stupide. »
C’est bien pour cela que notre école devient un incubateur de mal-être, en plus d’être l’un des socles de l’iniquité qui ronge nos sociétés. Pourtant, si l’on va à la racine, nos écoles ne sont pas le problème fondamental, puisqu’elles ne sont que le reflet de notre société ; une société matérialiste, violente et divisée socialement. Pourquoi alors nos écoles seraient-elles la fabrique du bonheur ? Contrairement aux slogans de la République, nos établissements scolaires sont des machines à reproduire les classes sociales, laissant un goût d’injustice et de frustration à beaucoup de monde. Les exceptions sur lesquelles s’appuient les belles théories de « l’école républicaine » confirment généralement la règle.
Bien sûr, les familles jouent un grand rôle dans notre conformisme, nos drames et nos aliénations : tout commence à la maison. En tant que parents, notre influence est immense. Si l’individualisme et la nervosité sont si répandus dans les cours de récréation, c’est que les enfants reproduisent des schémas déjà connus. Ces derniers sont souvent abreuvés de sucre, de nourriture industrielle et d’écrans gorgés d’images violentes ; ils sont fréquemment les spectateurs involontaires de propos jugeant et malveillants entre adultes, quand ils ne sont pas plongés, malgré eux, dans un réel mal-être familial. Toute notre société semble malade, et nous le constatons chaque jour dans nos écoles. Ainsi, le système scolaire peine de plus en plus à remplir son rôle de contre-poids, censé offrir un espace d’épanouissement, de développement joyeux et de fraternité. Beaucoup de professeur·e·s, pourtant empli·e·s d’amour et d’enthousiasme à leurs débuts, semblent aujourd’hui fatigué·e·s et désabusé·e·s par la situation.
Nous pouvons faire beaucoup mieux
Oui, nous pouvons faire mieux ! Tant d’enseignant·e·s sont prêt·e·s à faire des choses merveilleuses, dans un cadre différent !
Réalisons l’ampleur du malaise : les cours de récréation sont généralement recouvertes de bitume, la nature est la plupart du temps inexistante. Or, il ne s’agit pas ici d’un problème de décor : c’est une coupure volontaire et assumée. Pourtant, les êtres biologiques que nous sommes sont censés se régénérer au sein de la nature, afin d’être en bonne santé physique et mentale. Mais tout le monde doit rester assis en classe ! Ici, on apprend l’obéissance : il faut écouter sagement et se plier aux horaires. La sonnerie retentit pour la pause, comme à l’usine. On lève le doigt pour poser une question ou aller aux toilettes. Il n’y a pas grand-chose de vivant. On ne rit pas beaucoup. L’originalité est souvent perçue comme de la marginalité. Malgré la gentillesse et le talent de certain·e·s instituteur·ice·s, la peur du regard extérieur, de la sanction et du jugement est finalement entretenue. En résumé, il est conseillé de ne pas sortir du rang. L’adhésion au système est fortement encouragée, jusqu’à ce qu’elle nous paraisse naturelle. Nous sommes même, finalement, invité·e·s à devenir les futurs globules blancs de la nation : nous sommes formaté·e·s pour applaudir nos élites et les défendre, y compris quand elles seront nos propres bourreaux.
En fait, on nous a appris à accepter notre prison – les barreaux à nos fenêtres et les chaines à nos pieds nous sont si familiers ! – et à refuser l’aventure liée à la nouveauté et à la liberté. Celle-ci est jugée subversive et critiquable. L’école actuelle, finalement, nous apprend à ne rien remettre en question. En nous imposant une discipline qui a peu de sens, elle nous prépare au deuil de notre liberté.
D’ailleurs, nous avons pris pour habitude de dire que les jeunes traversent une crise naturelle à l’adolescence, et qu’il est tout-à-fait « normal » qu’ils soient « mal dans leur peau ». Mais nous sommes-nous vraiment demandé pourquoi les adolescent·e·s allaient si mal, au moment de quitter l’enfance ? Alors que leur corps se transforme et qu’ils se rendent réellement compte d’où ils sont tombés, se dresse face à eux un monde d’adultes rongé par la pression sociale et la névrose, la compétition, la peur de la guerre et du lendemain… le tout en plein naufrage écologique. En réalité, il faudrait être fou pour ne pas se sentir « mal » au moment de l’adolescence, aujourd’hui ! Nous pouvons aisément imaginer qu’au sein d’une société plus sereine et équilibrée, le passage au stade adulte pourrait être plus enthousiasmant.
Les écoles du nouveau monde
Imaginons une autre école : plus de notes, plus d’examens, plus de classements, plus de matières cloisonnées – rappelons que la vraie vie est un tout, elle n’est pas compartimentée en espaces étanches ! Moins de stress, moins de peur. Une discipline de groupe basée sur le bon sens et le bien-être général, dans le respect des adultes, investis dans leur rôle de guides bienveillants. Les enfants-citoyens apprennent à identifier leurs émotions et la source de leur éventuel mal-être ; ils apprennent également à communiquer et à résoudre leurs problèmes collectivement, sous la houlette de pédagogues formés à cet exercice.
On apprend de façon transversale. Les jeunes individus évoluent chacun à leur rythme, selon leurs goûts, leurs capacités et leur motivation. Les différents talents sont développés, quels qu’ils soient. Les enseignant·e·s sont formé·e·s à les déceler. Ici, pas de concurrence malsaine, mais de l’esprit d’équipe et de la solidarité. Les talents des autres ne sont pas des dangers, ce sont des complémentarités et des sources de réjouissement, car « L’autre, c’est moi ». Le groupe n’est pas diminué par les aptitudes individuelles : il s’enrichit.
Dans ces écoles, les adultes-guides connaissent le vivant, par-delà leur spécialité. Les enfants sortent dans la nature tous les jours, au moins quelques heures ! Ils apprennent les arbres, les animaux, le sol. Ils apprennent à cultiver, à manger. Ils respirent et jouent de la musique. Certains préfèrent la méditation, tandis que d’autres se passionnent pour la menuiserie, la peinture ou la cosmologie. Les mathématiques et les sciences sont enseignées, ainsi que les langues et la littérature, mais de façon concrète, adaptée à la réalité et à la compréhension de chacun·e. Par exemple, on apprend les maths en mesurant un potager, la physique en construisant un abri, le langage en racontant ce qu’on a vécu, l’éthique en prenant soin des plus vulnérables… On relie les choses entre elles : la nature à la science, l’histoire à l’éthique, l’art aux émotions, le corps à l’esprit. Les enfants sont des explorateurs : accompagnons-les dans leurs découvertes ! Ils posent des questions globales, profondes. Il est de notre responsabilité de les maintenir vivants et de leur donner une chance réelle de nous dépasser !
Apprendre dehors, dans la nature, est essentiel : avec le froid, la pluie, le vent, les saisons. Surtout pour les petits : une sortie quotidienne change l’humeur générale et la concentration en classe. Nous avons besoin de jardins, de coins sauvages, d’arbres « libres ». Les bâtiments ne sont pas fermés sur eux-mêmes, mais ouverts sur l’extérieur. On observe le vivant réel, pas des schémas plastifiés ! On jardine, on soigne, on attend, on rate, on recommence ! N’oublions jamais que la nature est notre plus grande enseignante : elle nous apprend la patience, l’humilité, l’interdépendance, la mort et la renaissance.
Rappelons aux parents qu’un cadre naturel est un gage de bonne santé : il réduit le stress, l’agitation, il favorise l’attention, la coopération, la régulation émotionnelle. Si l’on souhaite que nos enfants soient à l’aise dans leur corps, pensent plus clairement et ressentent mieux, plaçons un maximum de nos écoles au cœur de la nature. Celle-ci a été notre environnement permanent pendant des millions d’années, nous sommes donc biologiquement adapté·e·s à elle. J’insiste sur ce point : il ne s’agit pas d’une vision romantique, mais d’une réalité neurobiologique. Une école coupée de la nature, y compris des animaux, fabrique des êtres humains coupés d’eux-mêmes et capables de détruire ce qu’ils ne ressentent plus. Notre indifférence actuelle est fabriquée et nous tue à petit feu.
Multiplier ce type d’écoles impliquerait de transformer nos villes, en laissant davantage de place au vivant, aux arbres, aux jardins et aux espaces naturels accessibles aux enfants.
Enfin, mélanger les âges est essentiel, comme dans les écosystèmes. En effet, quoi de mieux pour développer l’entraide et le sens de la responsabilité ? Que les petits et les grands se côtoient est l’idéal pour que le navire de l’humanité avance efficacement.
En conclusion, dans une école libérée, les enfants apprennent à devenir des êtres humains, pas seulement à « réussir ». Le but ultime est le bonheur, l’épanouissement de l’être dans le cadre de la société. Apprendre à vivre ensemble, sans frustration, est notre plus grand défi. Le jeu en vaut la chandelle, car existe-t-il quelque chose de plus précieux que nos liens ?
L’alimentation à l’école
Les repas sont un moment important de notre vie en collectivité. Nourrir tout d’abord un sentiment de gratitude avant de manger, vis-à-vis des paysan·ne·s qui ont pris soin de notre alimentation, vis-à-vis du soleil, de la pluie et des animaux qui ont contribué à faire pousser le végétal, vis-à-vis des cuisinier·e·s qui ont préparé le repas, tout cela est essentiel : le formuler dans le calme et le recueillement peut être un moment de conscience précieux et constructeur. Le contenu des repas est également important : prônons le bio, le frais, le cuisiné maison, le vivant et le végétal. Apprendre aux enfants à manger local et de saison, c’est leur permettre de se réintroduire dans le cycle réel de la vie. À ce titre, la création de vergers et de potagers bio, au sein même de l’école, revêt un intérêt pédagogique et sanitaire évident. Enfin, bannissons le sucre raffiné – qui est une drogue, au même titre que l’alcool ou la cigarette –, ainsi que les aliments transformés industriellement.2 Apprenons aux enfants à connaître leurs besoins nutritionnels réels.
Des enseignant·e·s dans l’amour
Bien sûr, les enseignant·e·s doivent être sélectionné·e·s pour leurs capacités intellectuelles, mais pas seulement : ils·elles devraient surtout être choisi·e·s pour leur sens de la pédagogie et leur amour pour les enfants. Car une éducation sans amour n’a aucun sens. Ces adultes-guides devraient avoir des connaissances solides dans les domaines de la psychologie et des neurosciences. Ils devraient être plus nombreux et avoir plus de moyens. Toute la société gagnerait à faire de nos enfants une grande priorité : investir dans la jeunesse est largement plus rentable, à terme, que d’engloutir des milliards dans l’armement, dans l’industrie pharmaceutique – dont nous n’aurions que peu besoin si nous mangions correctement – ou dans la fabrication de gadgets inutiles.
Au regard de leur utilité sociale, de leur charge mentale, de leur responsabilité et du niveau d’études demandé, les enseignant·e·s restent sous-rémunéré·e·s dans de nombreux pays. Rendez-vous compte : un trader, un industriel de l’armement ou un sportif de haut niveau gagne parfois des dizaines de fois plus qu’un·e enseignant·e ! Bien sûr, le problème est similaire concernant de nombreux métiers du care (les métiers du soin, de l’éducation et du social…). Rappelons que celles et ceux qui accompagnent et éduquent nos enfants exercent un métier d’une valeur immense : pour les enfants eux-mêmes, pour leurs parents, mais aussi pour l’avenir de toute la société. Hélas, nous n’avons pas encore pleinement compris l’importance de cette fonction. Pourtant, si nous désirons une société plus heureuse, nous devons concentrer nos efforts sur l’école. Car sans une éducation profondément repensée, comment espérer construire un avenir meilleur ?
Des parents soutenus
Depuis l’éclatement des structures familiales et la disparition de la communauté intergénérationnelle, les parents sont souvent démunis, en proie à la solitude et à la culpabilité. C’est le signe d’un effacement du commun au profit d’un individualisme incapable de faire face aux bouleversements économiques et sociétaux que nous traversons.
Pourtant, il est impératif d’aider les parents à protéger les premières années de vie de leurs enfants. Un nouveau-né a besoin de sécurité affective avant tout : il doit sentir qu’il a sa place et qu’il est aimé. Aujourd’hui, nous connaissons l’importance de la toute petite enfance. C’est pourquoi nous devrions encourager les parents qui le souhaitent à rester auprès d’eux durant les deux ou trois premières années, grâce à des congés longs et dignement rémunérés. Les études montrent que les bienfaits de la collectivité n’arrivent que plus tard.
De même, l’allaitement doit être soutenu et favorisé par notre société. Nous avons oublié que le lait maternel, cet « or blanc », n’est pas un aliment banal comme le lait en poudre : c’est un système biologique vivant et évolutif, le seul parfaitement adapté à l’enfant humain – rappelons au passage que le lait de vache n’est pas adapté aux besoins d’un nourrisson.3
Les parents avec de jeunes enfants sont souvent mal perçus dans les lieux publics. Nombre de mères sont poussées à la précarité et à l’isolement : beaucoup d’entre elles se sentent « de trop », alors que la tendance no kids s’amplifie. On demande souvent aux mamans de s’isoler pour allaiter : c’est le signe d’un manque de simplicité et de bienveillance collective. Nos enfants sont pourtant nos merveilles : ils représentent notre pureté et un autre avenir possible. Pourquoi nous gêneraient-ils ? Avons-nous oublié que nous avons toutes et tous été des enfants ? Derrière les vitrines de nos boucheries, des cadavres d’animaux sont suspendus à des crochets, à la vue de tous ; nos enfants jouent à la guerre sur leurs consoles ; les femmes sont sexualisées à outrance sur les panneaux publicitaires. Mais que disons-nous aux femmes qui allaitent leur bébé ? Nous les prions de cacher leurs seins, ceux-là mêmes qui nourrissent et sécurisent nos petits. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans notre monde ?
Nous devons aller plus loin : la vie sensible commence neuf mois avant la naissance. Prendre soin des mères pendant la grossesse est crucial, car les bébés se développent, ressentent et interagissent déjà ! Créer des centres d’accueil gratuits pour les femmes volontaires, afin qu’elles se reposent et vivent sereinement cette période, serait une décision révolutionnaire. Au-delà du bien-être des mères et de leur préparation à l’accouchement, c’est toute la société qui y gagnerait : des bébés sereins et sécurisés sont le gage d’une vie collective harmonieuse. Naturellement, les pères doivent être pleinement encouragés à s’impliquer à chaque étape de ce voyage.
Enfin, la manière actuelle de prendre en charge les femmes qui accouchent dans les hôpitaux, de façon surmédicalisée et paternaliste, est révélatrice : on infantilise et on dépossède les femmes de leur pouvoir, alors qu’elles seules savent accoucher. La nature est bien faite et il est fondamental de rappeler toute la puissance qu’elles ont en elles. On les en prive bien souvent, en les intimidant par une autorité médicale excessive. La libération des femmes passe par le droit de se réapproprier leur grossesse, leur accouchement et leur maternité. 4
Ce que je décris peut paraître idéaliste, tant nos sociétés sont dures et parfois méprisantes vis-à-vis des parents, les mères en particulier. Pourtant, ce sont elles qui portent le monde. Nous avons, en définitive, si peu de reconnaissance pour elles ! Je ne dis certainement pas qu’une femme doit être mère, ni même que son épanouissement passe nécessairement par l’enfantement. Non ! Les femmes peuvent se libérer aussi en choisissant de ne pas devenir mères. Cependant, j’affirme que les parents – et les femmes en particulier – doivent être soutenus de façon inconditionnelle par la communauté humaine. Les femmes donnent tant pour que nous soyons là ! Ce serait un juste retour des choses, en plus d’être efficace pour fonder une société heureuse.
Il serait donc opportun de réadapter nos modes de vie, nos espaces de travail et de consacrer une grande partie de nos richesses à nos enfants. Bien des animaux savent le faire – des fourmis aux oiseaux, en passant par tous les mammifères. Pourquoi n’accorderions-nous pas, nous aussi, cette priorité fondamentale dans nos sociétés humaines ?
Conclusion
Nos sociétés actuelles déploient beaucoup d’efforts pour fabriquer « des têtes bien pleines ». Mais que d’énergie perdue ! Tenter de faire entrer de force des informations dans des cerveaux non disponibles est vain et contreproductif. Au contraire, cultiver des têtes « bien faites », avec amour et pédagogie, c’est faire confiance aux enfants pour qu’ils pilotent eux-mêmes leur apprentissage, de façon vivante et motivée.
L’essentiel est de tout entreprendre dans la joie et la simplicité. Car la joie prépare la révolution. Oui, elle est un levier extraordinaire pour l’éveil et la transformation sociale. La venue d’un enfant dans nos bras est sûrement l’expérience la plus merveilleuse et la plus joyeuse qu’il nous soit donné de vivre sur Terre. Certain·e·s ressentent également cette profonde émotion dans leur lien avec les animaux. Soyons-en à la hauteur. Élevons-nous pour eux, pour elles. Transmettons cette joie à tous les enfants du monde : une société nouvelle pourra alors émerger.
« Dans une école libérée, les enfants apprennent à devenir des êtres humains, pas seulement à réussir. »
Notes
- Les Jésuites ont joué un rôle fondateur dans la structuration de l’enseignement moderne, particulièrement entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Ils ont formalisé l’usage de l’examen et du classement comme leviers de pouvoir et de savoir, influençant durablement le système scolaire français puis européen, formant la noblesse et la grande bourgeoisie. Ce modèle a façonné l’école moderne, qui continue de concevoir l’évaluation comme un outil de sélection et de hiérarchisation pour dégager une élite. ↩
- Au contraire du sucre naturel logé dans les fruits, qui est toujours accompagné de fibres, de vitamines et de minéraux, le sucre transformé est « isolé » de sa source d’origine (canne à sucre, maïs, betterave) pour ne conserver que le saccharose ou le glucose. Il n’apporte alors que des « calories vides », sans nutriments bénéfiques. Sans fibres pour freiner son passage, il pénètre quasiment instantanément dans le sang, provoquant un pic glycémique élevé qui fatigue le pancréas et favorise le stockage des graisses. Hélas, beaucoup d’entre nous sommes devenus « accros » au sucre raffiné. ↩
- Le lait maternel s’adapte en temps réel aux besoins nutritionnels du bébé. Il contient des anticorps, des globules blancs et des enzymes qui le protègent contre les infections. Il diminue le risque de mort subite du nourrisson, et, sur le long terme, les enfants allaités présentent moins de risques de développer de l’obésité, du diabète, de l’asthme, des allergies ou certains cancers comme la leucémie. Plusieurs études montrent un impact positif sur le développement cérébral et les scores de QI. L’allaitement a également des impacts positifs pour les mères : il favorise la récupération post-partum et réduit les risques de cancer du sein et des ovaires. Il renforce également le lien d’attachement grâce à libération d’ocytocine, l’hormone de la détente. L’allaitement maternel est considéré comme l’étalon-or de la nutrition infantile, c’est pourquoi l’Organisation Mondiale de la Santé et l’UNICEF recommandent un allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie, puis la poursuite de l’allaitement en complément d’une alimentation diversifiée jusqu’à l’âge de deux ans ou plus. ↩
- Je vous conseille la lecture des excellentes BD de Lucie Gomez : La Naissance – Découvrez vos supers pouvoirs (tome 1) – La Naissance – Amplifiez vos supers pouvoirs ! (Tome 2) – La Naissance – Propagez vos supers pouvoirs ! (Tome 3). ↩
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