Écologie · Animaux · Agriculture · Biodiversité · Sobriété
Propositions écologiques : bâtir une civilisation au service du vivant
Révolution alimentaire et agricole, protection des animaux sauvages et des océans, villes vivantes, permaculture, sobriété, écoconstruction et souveraineté énergétique : ces propositions dessinent une écologie fondée sur la bonté, la justice et le respect de tous les êtres vivants.
Produire sans détruire : les fondements d’une écologie de la bonté
L’écologie ne peut être réduite à quelques gestes individuels, à une transition énergétique limitée ou à la protection de certains espaces naturels. Elle engage notre alimentation, notre agriculture, notre manière d’habiter, de produire, de consommer et de partager la Terre avec les autres êtres vivants.
Dans cet extrait de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant, Guillaume Corpard développe une série de propositions écologiques reliées aux dimensions sociales, économiques et politiques de la transformation collective. L’objectif général est clair : produire sans détruire et garantir aux générations futures un monde habitable.
La révolution proposée commence dans l’assiette, se prolonge dans les champs, les forêts, les océans et les villes, puis interroge la sobriété, l’habitat, l’énergie et les institutions publiques. Elle invite aussi à reconnaître des droits aux animaux et aux écosystèmes, afin de ne plus considérer l’humanité comme l’unique centre du monde vivant.
Ces orientations ne forment pas un catalogue de mesures indépendantes. Elles dessinent un changement de civilisation dans lequel la compassion, la résilience, la coopération et la préservation du vivant deviennent des principes directeurs.
Cet article reprend la partie « Propositions écologiques » de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant, publié en juin 2026. Le texte du livre est reproduit sans modification.
Ces orientations découlent des démonstrations développées au fil de ce livre. L’idée générale est de produire sans détruire, afin d’assurer un monde viable pour les générations futures. L’écologie ne peut se décorréler du social ; le social ne peut être dissocié de l’économique ; l’économique ne peut être envisagé sans la politique ; toutes ces propositions sont donc imbriquées les unes dans les autres.
Cesser de tuer les animaux – Révolution alimentaire
Une écologie nouvelle, celle de la Bonté, ne peut envisager de donner la mort pour un simple plaisir gustatif ; notre humanité est capable de s’élever au-delà de ses traditions et de ses habitudes. Penser que les autres êtres sensibles sont à notre disposition sera bientôt dépassé sur les plans éthique, moral et spirituel. Notre nouvelle devise pourrait être : « Pourquoi tuer quand nous pouvons éviter de le faire ? », d’autant que les assiettes végétales et bio sont les plus bénéfiques pour le climat, les écosystèmes, le bien-être animal et notre santé. Notre société devrait donc transformer ses pratiques et viser le progrès, afin de nourrir un cercle vertueux : celui de la paix. Et si nous transmettions ce modèle à nos enfants ? Nous pouvons manger à notre faim, jouir d’une excellente santé et prendre beaucoup de plaisir à table avec une nourriture principalement bio et végétale.
Révolution agricole
Au sujet de l’élevage, soyons clairs : sa réduction progressive – voire son abandon dans de nombreux cas – pourrait s’avérer bénéfique pour beaucoup d’agriculteur·ice·s, tout en renforçant considérablement notre souveraineté alimentaire. Car, en plus d’être très polluante, la production de viande et de lait exige des ressources immenses : près de 80% des terres agricoles mondiales sont aujourd’hui dédiées à l’élevage. Autrement dit, nous vivons sur la planète « Steak ».1 Comprenons qu’une humanité adoptant une alimentation majoritairement végétale pourrait réduire drastiquement les surfaces agricoles pour se nourrir (passant de 4 milliards à 1 milliard d’hectares, soit une réduction de 75 %). La question de la faim dans le monde ne relève donc pas seulement d’un problème de production et de partage, mais aussi d’un choix de modèle alimentaire et agricole.
Accompagner avec bienveillance les paysan·ne·s souhaitant s’orienter vers une agriculture biologique et végétale sera essentiel pour réussir cette transition. Nous devons les soutenir pleinement dans ce changement d’époque.
Dans le cadre de cette indispensable révolution, pourquoi ne pas imaginer des formes plus coopératives et territoriales d’agriculture, associant davantage les citoyen·ne·s, les producteurs et les collectivités locales ? Il est légitime que la population se saisisse pleinement de la question des sols – cette richesse naturelle appartenant à l’ensemble du vivant – ainsi que de la production alimentaire. Les logiques actuelles de rentabilité intensive, largement influencées par les industries agrochimiques, doivent être profondément réinventées. Visons une souveraineté et une autonomie alimentaires aussi locales que possible. Développons les circuits courts, soutenons les productions respectueuses du vivant, et réduisons le gaspillage ainsi que les pertes économiques liées à la multiplication des intermédiaires.
Nous savons qu’une agriculture végétalienne est réalisable sur de grandes surfaces, avec une productivité importante. Nous pourrions donc créer des milliers de pôles alimentaires, c’est-à-dire de grandes fermes diversifiant leurs activités (maraîchage, vergers, céréales, légumineuses, oléagineuses, transformation et vente directe). L’intégration de cultures à haute valeur nutritive, comme la spiruline ou les graines germées, renforcerait la santé publique. Ces pôles sont potentiellement plus rentables que l’élevage et représentent une opportunité extraordinaire sur le plan de l’emploi.
Nos connaissances en agronomie (sols vivants, permaculture, agroforesterie) nous permettent d’envisager la multiplication de ces modèles dans de nombreuses régions. Produire et distribuer localement peut générer des économies d’échelle immédiates. Nous pouvons travailler sans pesticides chimiques ni intrants animaux, tout en nourrissant directement les êtres humains : nous libérerions ainsi d’immenses surfaces agricoles, nous cesserions cette dépendance au soja transgénique amazonien qui détruit les forêts primaires, nous économiserions l’eau et éviterions de perdre tant de calories végétales en produisant de la viande. Ces modèles, interconnectés et solidaires, s’adapteraient au fil de nos retours d’expérience. L’essentiel est de choisir une direction.
Les espaces naturels, les océans et les animaux sauvages
Nos espaces naturels doivent être protégés avec plus d’exigence pour favoriser le retour de la biodiversité. La sylviculture intensive, qui réduit la forêt à des monocultures de conifères sur des milliers d’hectares, doit cesser. Ces forêts artificielles sont une calamité : elles brisent les cycles naturels, supprimant toute possibilité de diversité biologique. Un grand nombre de forêts devraient être laissées à l’état sauvage, afin qu’elles vieillissent naturellement et génèrent des écosystèmes matures au fil des siècles. Rappelons que la plupart de nos forêts européennes sont « adolescentes » : il ne reste que très peu de forêts primaires et elles sont menacées de destruction, entre autres, par l’industrie du meuble jetable (Ikea en tête).
De même, nous ne pouvons plus laisser la chasse martyriser les animaux et terroriser les campagnes. La gestion de la faune devrait être confiée à des professionnels de l’environnement, des naturalistes et des biologistes, et non à des « rois de la gâchette » prenant un si grand plaisir à traquer. Pour aider les écosystèmes à se réguler eux-mêmes, des méthodes non létales et scientifiques existent. Ces chasses de loisir devraient être interdites, de même que les élevages de gibier destiné à être abattu. Massacrer des faisans se traînant misérablement sur le bord de la route déshonore l’humanité. Le nourrissage d’animaux sauvages, en vue de les chasser à l’automne suivant, devrait être également banni de nos pratiques et sévèrement puni.
De manière générale, nous avons tellement envahi les espaces naturels que les animaux sauvages ne savent plus où aller. Les prédateurs (loups, lynx, ours) censés réguler les populations ont été exterminés ; il est impératif de poursuivre leur réintroduction activement. Nous devrions également cesser l’abattage massif des renards (près d’un million d’entre eux sont tués chaque année en France !), car en plus d’être sensibles, ceux-ci sont extrêmement utiles : en contrôlant les populations de rongeurs, ils constituent une barrière contre la maladie de Lyme (les rongeurs sont les principaux réservoirs de tiques). Ce sont également de super nettoyeurs de la nature, aidant à l’élimination des cadavres d’animaux.
Replanter arbres et haies, multiplier les prairies à fauchage tardif, bannir les pesticides et les épandages toxiques (nos déchets humains sont saturés de médicaments, de plastiques et autres résidus nocifs : ils terminent pourtant dans nos champs), cesser de tasser les sols avec des engins lourds comme des tanks : voici comment redonner vie à nos campagnes et freiner l’érosion qui aggrave les inondations. Il est urgent d’agir avec conscience, amour et précaution, à l’inverse de ce que l’on enseigne dans les écoles agricoles. En effet, les étudiant·e·s y apprennent essentiellement à gérer une entreprise, à conduire d’immenses tracteurs avec GPS et à exploiter les animaux de façon robotisée : ils n’ont pratiquement plus aucun contact direct avec eux ! On leur apprend également à gérer des pathologies végétales sur sol mort, grâce aux engrais chimiques… qui finissent par les empoisonner. Nous sommes loin de l’idéal paysan en symbiose avec le vivant, n’est-ce pas ?
Repensons nos espaces pour vivre avec les animaux sauvages et non malgré eux : ce serait une façon de revenir vers la vie et réapprendre à partager notre monde. N’oublions pas l’excellente maxime : « Ce ne sont pas les animaux sauvages qui traversent nos routes, mais nos routes qui traversent leur forêt ».
Les océans, poumons de la planète, doivent être sanctuarisés. Nos pollutions (métaux lourds, plastiques, hydrocarbures) doivent cesser de toute urgence et la surpêche doit être interdite. Celle-ci vide les mers, affame les cétacés et détruit les fonds marins. Nous devons nous réveiller. Sur le plan de la santé, manger du poisson est devenu dangereux : c’est un comble, quand on sait que cette source de nourriture était jadis vantée pour ses vertus nutritionnelles ! Bientôt, les océans seront dépeuplés et gravement acidifiés. Toute la vie sur Terre en sera alors affectée. Nous devons prendre soin des mers et laisser leurs habitants en paix. Ceci est l’une des décisions les plus importantes à prendre, car des océans régénérés nous ramèneraient à l’équilibre et nous permettraient d’envisager un avenir.
Rappelons également que les mers ne sont pas seulement des espaces de commerce ou de loisirs pour les êtres humains : elles sont avant tout un lieu de vie à respecter. Les milliers de porte-conteneurs et de tankers, symboles de notre surconsommation, saturent les océans de nuisances sonores ; or, sous l’eau, le son se propage beaucoup plus rapidement que dans l’air. Pour les cétacés en particulier, ce vacarme permanent agit comme un brouillard assourdissant, perturbant leur communication, leur orientation et leurs déplacements, jusqu’à provoquer parfois des échouages massifs. Les voiliers de course à grande vitesse représentent également un danger pour les baleines et de nombreux animaux marins. À 80 km/h sur l’eau, les collisions sont souvent fatales : certaines baleines sont grièvement mutilées, d’autres meurent de traumatismes internes ou de fractures provoquées par les impacts. Tout comme les courses automobiles en pleine nature, ces compétitions maritimes interrogent profondément notre rapport au divertissement, à la performance et au vivant. Les scientifiques estiment que des dizaines de milliers de baleines meurent chaque année à cause de certaines activités humaines qui pourraient être repensées ou limitées. Il est temps de prendre pleinement conscience de notre responsabilité envers les océans et les êtres qui les habitent.
De manière générale, notre révolution du vivant consiste à accorder des droits aux animaux et aux écosystèmes. Chaque océan, chaque forêt, chaque fleuve, chaque montagne devrait devenir une entité juridique défendue devant les tribunaux. Nous devrions envisager la même chose pour chaque animal non humain, qui serait vu comme un individu aspirant à une vie paisible, libre et sans entrave. Cette révolution serait magnifique, car elle élargirait le champ de notre attention : nous ne serions plus l’unique centre du cercle, mais un point parmi d’autres, au milieu d’une multitude de cercles interreliés. Quel changement de paradigme ! Quelle nouvelle philosophie ! Quelle sagesse !
« Chaque océan, chaque forêt, chaque fleuve, chaque montagne devrait devenir une entité juridique défendue devant les tribunaux. »
Repenser nos villes
Transformer nos cités est une urgence sociale et écologique absolue. Imaginons des villes vertes et vibrantes, traversées par des rubans bleus (les fleuves et les rivières), où l’on pourrait respirer sainement, produire de la nourriture et se rencontrer au cœur d’environnements presque naturels… Pour bâtir ces écosystèmes résilients et nourriciers, les urbanistes et les architectes ne peuvent plus agir seuls. Une approche transdisciplinaire est nécessaire, intégrant des experts du vivant, des ressources et du lien social. Voici un tour d’horizon des spécialités dont nous aurons besoin pour bâtir les villes de demain :
- Les experts du vivant et de la biodiversité : des paysagistes concevraient la trame verte et bleue comme une infrastructure vivante capable de rafraîchir la ville ; des écologues urbains s’emploieraient à recréer des corridors biologiques, choisiraient des essences indigènes et favoriseraient le retour de la faune sauvage ; des arboristes veilleraient à ce que les jeunes pousses d’aujourd’hui deviennent les géants protecteurs de demain.
- Les acteurs de la ville nourricière : des agriculteurs urbains déploieraient des vergers gratuits, des potagers en toiture et des fermes professionnelles ; des maitres-composteurs boucleraient le cycle de la matière organique au sein même des quartiers pour enrichir les sols des jardins partagés.
- Les ingénieurs des flux et de la résilience : des hydrologues transformeraient nos cités en « ville-éponges » pour garantir une eau propre et prévenir les inondations ; des ingénieurs en mobilité douce repenseraient la « circulation aérée » en donnant la priorité aux vélos et aux piétons, réduisant ainsi la pollution sonore et atmosphérique ; des spécialistes du biomimétisme s’inspireraient des systèmes naturels pour concevoir des façades et des matériaux de construction autorégulateurs.
- Les artisans du lien social : des médiateurs urbains et chargés de participation citoyenne travailleraient avec les habitant·e·s pour le bon fonctionnement des toits verts et des jardins partagés. Des programmateurs urbains proposeraient de nouveaux usages des espaces pour s’assurer qu’ils restent ouverts, vivants et inclusifs.
Bien sûr, de nouveaux métiers de la ville émergeront, pour assurer le suivi opérationnel de la biodiversité et de l’énergie à l’échelle locale, ou pour garantir des espaces verts accessibles à tous (handicap, âge, genre). Si ces expertises existent déjà, la transition est encore trop lente. Gageons que les populations décident de prendre en main leur cadre de vie, afin de sortir de ces horizons gris et minéraux, saturés de pollutions. Les progrès technologiques doivent servir ici à inventer de nouveaux types de transports et d’habitations, plus écologiques et adaptés aux changements climatiques.
La permaculture – autonomie et résilience
La permaculture est un système global visant à créer des milieux de vie productifs, autonomes et résilients, en s’inspirant des écosystèmes naturels. Elle repose sur trois piliers éthiques :
- Prendre soin de la Terre : préserver les sols et la biodiversité ;
- Prendre soin de l’humain : répondre aux besoins vitaux de chacun·e (nourriture, logement, santé), tout en favorisant l’épanouissement personnel et collectif ;
- Partager équitablement : limiter la consommation et redistribuer les surplus.
La permaculture concerne non seulement le fonctionnement du potager (observation de la nature, association de plantes, protection du sol, autosuffisance), mais elle s’applique également à tous les aspects de la société : l’habitat (écoconstructions, énergies renouvelables), la gouvernance (prises de décision collectives, économie solidaire) et l’éducation (transmission des savoirs et pédagogie active).2
Il serait donc judicieux de prendre en compte cette approche dans nos décisions collectives et de l’intégrer dans nos politiques globales, car la permaculture répond de façon concrète aux multiples enjeux liés à la biodiversité, à la production alimentaire, au logement, au lien social et à l’économie… Apprendre à développer une agriculture résiliente et se diriger vers des formes d’autonomie alimentaire et énergétique sont des moyens d’aider la population à traverser les crises, sans dépendre d’un État providentiel. Acquérir de nouveaux réflexes dans les domaines de l’écoconstruction, de l’entraide sociale et des économies locales ne peut que favoriser les liens, tout en nous réapprenant à utiliser efficacement nos ressources naturelles. Des formations pourraient être dispensées au plus grand nombre, y compris dans les écoles, afin de redonner aux gens leur capacité d’action et d’émancipation, dans le but de mieux vivre ensemble.
Sobriété et décroissance
Notre course actuelle à la croissance infinie, au détriment de notre santé, des grands équilibres naturels et du bien-être animal, est une folie entretenue tout autant par les dirigeants de ce monde que par les consommateurs que nous sommes. Disons stop et inversons le cours des choses. Les bienfaits d’une décroissance contrôlée et d’une sobriété vertueuse devraient être enseignés dans toutes les écoles. Les peuples du monde entier devraient clamer haut et fort cet adage : « Produisons moins, produisons mieux ! » Si nous désirons vivre dans des conditions supportables d’ici quelques décennies, la course au profit et à la surconsommation doit cesser sur-le-champ. Les citoyen·ne·s doivent s’emparer de cette question brûlante et utiliser leur pouvoir politique afin d’inverser un processus nous menant droit au chaos.
Prenons l’exemple des vêtements : vaut-il mieux avoir trois chemises de qualité en coton bio dans son armoire, ou vingt-cinq en fibres synthétiques qui ne tiendront pas cinq ans ? Nous devrions interdire les boutiques et les ventes en ligne des marques poussant à la surconsommation, car celles-ci entretiennent un véritable mépris vis-à-vis de l’écologie, du social et de la santé. Le meilleur exemple actuel est la marque Shein. Nous devrions également dévaloriser socialement les influenceur·se·s encourageant à la fast fashion. Tout devrait être fait pour inviter à la sobriété et à l’acquisition de produits durables. Les milliards de gadgets inutiles se dégradant en quelques jours devraient être sortis du marché. Non seulement ils participent à une économie du vide en créant des besoins artificiels, mais ils finissent dans les sols et les océans, nous empoisonnant toutes et tous. Ce dont nous parlons n’est pas un détail : c’est notre avenir sur Terre qui est en jeu.
De la même façon, nous devrions nous lancer dans une lutte contre l’obsolescence programmée pour tous les produits électroniques et électroménagers sur le marché : celle-ci devrait être interdite et sévèrement sanctionnée.
Aujourd’hui, en plus de soutenir les entreprises produisant des biens durables et de qualité, notre société devrait encourager les pratiques vertueuses, telles que : la réutilisation ou la fabrication de meubles prévus pour le long terme ; le développement de centres de réparation gratuits (Repair Cafés, Ateliers de co-réparation) ; le développement des marchés de l’occasion, du troc ou du prêt ; l’utilisation généralisée des produits sans emballage, bio et « zéro déchet » ; l’encouragement au compostage ; l’abandon des plastiques à base de pétrole ; le développement des circuits courts ; le déploiement de transports en commun gratuits et le soutien au vélo.
En bref, l’idée est de poser les bases d’une société s’inscrivant dans les principes de l’économie circulaire. Il est temps de rompre avec le modèle linéaire « extraire-fabriquer-jeter ». La réparation, le réemploi et l’éco-conception sont de nouvelles habitudes à prendre. De même, le vrac et le solide nous emmènent vers le zéro déchet. Ceci peut être facilement adopté par une jeunesse sensibilisée.
Toutes ces initiatives ne devraient pas être isolées ni dépendre des sensibilités individuelles ou locales. C’est à l’échelle politique nationale et internationale qu’il faut impulser ce mouvement, afin de mobiliser d’énormes moyens, tant pour la sensibilisation que pour la mise en œuvre de ces pratiques.
Les entreprises polluantes doivent être sanctionnées sévèrement, voire fermées ou réquisitionnées en cas de récidive. Sensibiliser la jeunesse à la « tyrannie » des marques dans les cours de récréation est également une priorité. Notre mentalité peut changer rapidement : un nouveau récit pourrait « ringardiser » telle ou telle marque, pour peu qu’elle ne soit ni durable ni éthiquement défendable.
Décroître, c’est consommer moins et mieux. Percevons la sobriété comme une vertu exceptionnelle. Privilégier la qualité à la quantité, manger plus sobrement et sainement, faire attention aux modes de transport et à notre consommation électrique, tout cela peut nous rendre fiers. Nos enfants sont prêts. C’est ludique, intelligent et utile. Qu’attendons-nous pour les accompagner ?
Écoconstructions et habitats partagés
Le domaine de l’écoconstruction est aujourd’hui en pleine expansion : maisons en chaux-chanvre, en paille-argile ou en terre crue, yourtes et ossatures bois… C’est esthétique, durable et idéal pour bénéficier d’un air sain dans une maison qui respire. Qu’attendons-nous pour généraliser de tels bâtiments ? Les maisons bioclimatiques sont l’avenir : cessons l’usage de matériaux industriels inadaptés et polluants.
L’impact du bâtiment est colossal. Encourager la rénovation thermique des logements existants est une priorité à court terme, plutôt que de construire du neuf sur des terres agricoles – ceci est un réel problème dans les campagnes ! Valoriser des systèmes de chauffage tels que le poêle de masse ou la géothermie est une évidence.
Nous pourrions aussi réenvisager notre façon de vivre ensemble en favorisant l’habitat participatif (écolieux, maisons partagées) au lieu de nous cloisonner. Cela permettrait, entre autres, de mutualiser les ressources, les outils ou les jardins, tout en brisant l’isolement social.
Accélérer la production de bambou et de chanvre
Augmenter la production de bambou et de chanvre est une clé. Ces végétaux sont des alliés écologiques aux propriétés incroyables : leur croissance rapide permet une captation de carbone exceptionnelle, bien supérieure à celle de nombreux arbres. De plus, ils permettent de lutter contre l’érosion des sols grâce à un système racinaire très dense. Pour pallier l’épuisement de nos ressources, leur polyvalence est un atout : le chanvre peut, par exemple, remplacer le coton pour nos vêtements (la culture du coton est l’une des plus gourmandes en eau, en engrais chimiques et en pesticides !) ou servir de base à des isolants thermiques particulièrement performants pour le bâtiment. Quant au bambou, c’est une alternative durable pour la construction et la fabrication de papier, ce qui peut nous aider à limiter la déforestation. Cultiver ces plantes à grande échelle permettrait donc de régénérer la Terre, tout en répondant à certains de nos besoins essentiels.
Souveraineté énergétique et énergies renouvelables
Notre société doit avoir le courage de placer l’intérêt populaire au-dessus des intérêts industriels, en particulier celui des énergies fossiles. Pour ralentir le dérèglement climatique et briser le cycle de la pollution, nous sommes dans l’obligation de retirer le pouvoir d’influence aux firmes responsables. Ainsi, comme nous l’avons vu dans les propositions économiques, il serait particulièrement judicieux de nationaliser l’ensemble des secteurs liés à l’énergie, afin que la population humaine, dans le cadre d’une réelle démocratie, décide elle-même de ses orientations. Pas un seul euro de bénéfice ne devrait alimenter des intérêts privés en polluant la planète.
Au contraire, il est temps de mobiliser notre intelligence pour développer et maîtriser des énergies plus propres, telles que le solaire photovoltaïque et thermique (électricité et eau chaude), l’éolien (terrestre et maritime), l’hydroélectricité (barrages, cours d’eau), la géothermie (chaleur naturelle du sous-sol), la biomasse et le biogaz (issus de la valorisation des déchets organiques et du bois), l’énergie marine (courants, vagues, marées). Mais, surtout, nous devons miser sur le développement de nouvelles technologies, telles que l’hydrogène vert (produit par électrolyse de l’eau en utilisant de l’électricité renouvelable), la photosynthèse artificielle (création de carburant en imitant les plantes), l’énergie osmotique (production électrique là où l’eau douce des fleuves rencontre l’eau salée de la mer), le solaire spatial (captation de l’énergie du soleil via des satellites), la fusion nucléaire (reproduction de l’énergie des étoiles sans déchets radioactifs à long terme).
Comprenons que notre histoire humaine dépend étroitement de notre maîtrise des énergies. Des bonds historiques surviennent chaque fois que nous découvrons de nouvelles forces motrices : ce fut le cas pour le feu, la vapeur, l’électricité ou le pétrole.3 À présent, il est crucial de valoriser la découverte et le déploiement de solutions décarbonées, dans un cadre public. En effet, la gestion des ressources stratégiques doit demeurer dans les mains de la population pour des raisons écologiques, sociales et éthiques.
Créer un grand ministère du vivant
La création d’un tel ministère est urgente, pour toutes les raisons évoquées dans ce livre : protéger les écosystèmes, organiser des campagnes de sensibilisation à grande échelle, proposer des lois pour défendre les animaux et préserver l’environnement, garantir la fin de pratiques telles que la chasse, les combats d’animaux, les zoos ou la tauromachie…
Ce ministère pourrait également soutenir de nombreuses initiatives de terrain : développement de villages permacoles, protection des espèces menacées, nettoyages de la nature et des océans, études et suivi des populations animales, création de lieux vivants (potagers partagés, espaces collectifs), réensauvagement ou reforestation de certains territoires.
Conclusion générale
À n’en pas douter, ce grand chapitre intitulé Les Propositions fera grincer quelques dents. Ce ne sont pourtant que quelques idées basiques pour nous défaire de nos chaînes actuelles. L’objectif premier est de distiller de nouvelles idées, de planter des graines de bon sens et de bienveillance. Développer de nouveaux récits est essentiel, car avant d’exister, les principes fondateurs d’une société doivent être imaginés, pensés et débattus.
Cependant, pourrions-nous résumer ces propositions à de simples « privations de libertés » ? Celles, notamment, d’entreprendre et de s’enrichir ? Cette question serait alors mal posée, car biaisée dans sa formulation. Pour autant, je répondrai ceci : l’intérêt général doit primer. Nous devrions avoir le courage de renoncer à certaines libertés individuelles – nous parlons ici d’une poignée de personnes qui accumulent richesses et pouvoirs –, afin de libérer le plus grand nombre. Les populations du monde entier devraient être en mesure, aujourd’hui, de décider de leur destin. N’est-ce pas là le sens même de la liberté, de l’égalité, de la solidarité ?
Nous ne priverons jamais personne du plaisir d’entreprendre. Entreprendre, oui… Mais au service de l’humanité, afin d’enrichir le monde entier. Cette vision n’est-elle pas magnifique ?
Notes et références
- 70 % à 80 % des terres agricoles mondiales sont utilisées pour les pâturages, tandis que 33 % à 40 % des terres arables servent à produire l’alimentation animale. En France, près de la moitié des terres cultivées sont destinées à nourrir les animaux d’élevage. Un régime végétalien nécessite environ 1 300 m² de surface agricole par personne et par an, contre environ 4 300 m² pour un régime alimentaire français moyen, et jusqu’à 6 000 m² pour un régime fortement carné. Sources : FAO (2021), Université d’Oxford (2018), GIEC (2019), ADEME et Ministère de la Transition écologique (France, 2021). ↩
- Les pères fondateurs de la permaculture sont les Australiens Bill Mollison et David Holmgren, ainsi que le Japonais Masanobu Fukuoka, qui prônait déjà, en 1975, une agriculture du « non-agir », qui respecte les cycles naturels (son livre La Révolution d’un seul brin de paille, une introduction à l’agriculture sauvage est une référence). ↩
- Lire Le Grand (R)Éveil – Passer à une autre étape de notre humanité. ↩
Découvrir L’Écologie de la Bonté
Ce chapitre est extrait de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant, un ouvrage consacré aux transformations intérieures, politiques, sociales, économiques et écologiques nécessaires pour bâtir une civilisation respectueuse de tous les êtres vivants.
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