Écologie · Résilience · Démocratie · Action
Que faire ? Stratégies & modes d’action
Comment agir lorsque notre civilisation poursuit une trajectoire écologique, sociale et politique inquiétante ? Ce chapitre examine trois scénarios possibles — maintien du système, effondrements partiels ou effondrement global — et propose des stratégies de résistance, d’entraide, de démocratie et de reconstruction.
Cet article reprend l’avant-dernier chapitre de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant. Le texte du livre est reproduit sans modification. Date de publication : juin 2026.
La difficulté n’est pas d’imaginer de nouvelles mesures pour un monde meilleur. Elle réside plutôt dans le choix des modes d’action pour basculer vers une nouvelle société.
Nous ne pouvons agir sans prendre en compte la réalité du contexte historique, géopolitique et socio-économique. Selon les circonstances, les stratégies de transformation sont nécessairement différentes. Pour conclure ce manifeste, je propose donc d’examiner trois scénarios, afin d’envisager ce qu’il est possible d’accomplir dans chacun de ces cas :
Scénario n° 1 : la société actuelle se maintient et poursuit sa trajectoire – impérialisme économique accru, affaiblissement des écosystèmes, exacerbation des nationalismes, montée des conflits, tensions sociales, renforcement de la surveillance, concentration toujours plus forte des richesses et du pouvoir ;
Scénario n° 2 : des effondrements partiels apparaissent. La situation socio-économique se dégrade fortement et fragilise progressivement le système ; les crises sociales, économiques, écologiques et politiques se multiplient, ouvrant des fenêtres historiques de transformation ;
Scénario n° 3 : un effondrement global survient et détruit les structures actuelles : disparition des institutions centrales, effondrement économique, rupture des grands systèmes d’organisation (énergies, transports, sécurité).
Bien sûr, ces scénarios sont seulement des cadres de réflexion. L’histoire ne se déroule jamais de manière parfaitement prévisible, ce ne sont donc pas des prophéties. Cependant, en anticipant différentes trajectoires possibles, nous pouvons d’ores et déjà réfléchir aux attitudes, aux initiatives et aux formes d’organisation qui permettront de préparer la transition vers une société nouvelle.
✦ Scénario N° 1 – Une société résiliente ✦
C’est notre cadre actuel. Notre responsabilité consiste à résister sans nous épuiser et à préparer les graines d’un nouveau monde, afin qu’elles puissent germer au moment opportun.
Comme prévu par certains, notre civilisation se développe de façon orwellienne : pouvoir oligarchique, impérialisme débridé, montée des nationalismes, exacerbation du racisme et de la xénophobie encouragée par des milliardaires ultra-conservateurs, violence systémique à l’égard des animaux et du vivant, négation de la réalité écologique ou climatique. Les conflits armés se multiplient pour le contrôle des énergies (pétrole, gaz) et des terres rares. Un risque de guerre mondiale se précise : l’agressivité des États-Unis, de la Russie ou d’Israël fait monter la tension sur une grande partie de la planète.1 La Chine, en tant que dictature assumée, conserve une posture militaire défensive, mais économiquement agressive ; elle évoque de façon très claire la surpuissance de son armement et se tient prête à intervenir au besoin. L’Europe, elle, est plutôt désarmée et historiquement inféodée aux États-Unis ; les pays qui la composent ont des gouvernements de plus en plus conservateurs, protégeant les intérêts de la grande bourgeoisie et écoutant très peu la voix du peuple. Beaucoup de ces gouvernements usent de mensonges et de manipulation, comme les autres « grands » de ce monde. Qui représente la paix et la sagesse sur un plan mondial, aujourd’hui ? Nul ne le sait. La politique est devenue brutale ; un terrain accaparé par des affrontements partisans et idéologiques, sans grands débats d’idées ; les attaques personnelles, la mauvaise foi, l’inversion des faits et des valeurs sont des armes devenues habituelles. Les dirigeant·e·s politiques, souvent riches et déconnecté·e·s, dérivent manifestement vers une droite dure, parfois extrême ; les peurs populaires et la haine de l’étranger sont réactivées. En ces temps de crise, créer des ennemis de toutes pièces est facile, d’autant plus quand ceux-ci sont vulnérables. La fabrication d’un ennemi intérieur, commun à la nation, offre un os à ronger à la population : il devient difficile de s’éveiller.
De manière générale, les combats d’opinions et les émotions ont remplacé les analyses politiques ; les instrumentalisations sont légion. Les responsables sont devenus des communicants, les visionnaires des punchlineurs. C’est notre grand désert, notre impuissance à maintenir un niveau général acceptable : nous sommes face à une dégradation évidente de la morale et de la pensée. Nous allons tellement vite, que nous nous échauffons sans même prendre le temps d’analyser, de soupeser, de proposer.
Les écologistes, les défenseur·se·s du vivant et les militant·e·s pour les droits humains sont de plus en plus souvent qualifiés de « gauchistes », de « terroristes » ou de « complotistes », dans le but de les ostraciser et de les disqualifier sur le plan des idées. Les programmes sont de moins en moins pris en compte, le débat – ou plutôt le combat – étant déplacé sur la forme, voire même sur quelques détails liés à une personne ou à une déclaration. De grands médias privés et certains réseaux sociaux inoculent dans la société une idéologie ultra-conservatrice, identitaire, sécuritaire, parfois même fasciste et néonazie.
Voilà donc une synthèse de notre monde actuel : un capitalisme mondialisé basculant vers l’extrême droite, une guerre perpétuelle des marchés, un retour en arrière sur le plan social et un désastre écologique. Notons la présence de pays tyranniques où n’existe aucune forme de démocratie et de liberté (Iran, Afghanistan, Syrie, Arabie Saoudite, Corée du Nord, etc.). La menace du terrorisme islamique reste forte, exacerbée par la pression occidentale. Si le monde est violent dans son ensemble, il n’est ni uniforme, ni homogène.
Ayons conscience que, de plus en plus, nous évoluerons dans un univers où les tentatives de communication perverse pollueront notre quotidien.2 La politique, largement pilotée par l’économie, est devenue toxique. Les gens s’en détournent massivement. Quant à la population la plus stable socialement, la classe moyenne, elle est progressivement désorientée par une IA générative menaçant de la remplacer dans nombre de ses fonctions. Tout le monde est perdu : les repères sautent les uns après les autres, le droit international n’est plus qu’un souvenir, l’histoire avance à un rythme effréné. Aucune génération n’a le temps de se stabiliser dans ses habitudes : c’est la première fois que cela nous arrive. Nous vivons un emballement général, dans le cadre d’une inflation économique préoccupante.
Ce contexte historique doit être pleinement pris en compte, si nous voulons être capables de surnager efficacement et établir des stratégies appropriées. La difficulté consiste à nous préparer sur le long terme, tout en faisant le dos rond et en évitant des sacrifices inutiles. Car n’oublions pas que la surveillance et les contrôles s’amplifieront au nom de la « sécurité » et du combat contre « l’écoterrorisme ». Quant aux aides sociales et aux soutiens pour les associations, ils ne cesseront de diminuer, très probablement.
Dans ce cadre général, voici ce que nous pourrions faire – et ce que certain·e·s d’entre nous font déjà :
Résister en consommant différemment, devenir des modèles de sobriété
Favorisons les circuits courts, bio et respectueux du vivant ; devenons végétariens ou végans ; privilégions les aliments en vrac et de saison ; cultivons nous-mêmes fruits et légumes, de façon permacole, si possible en conservant nos propres semences. Soutenons les semences biologiques et reproductibles, aujourd’hui fragilisées par le développement des variétés hybrides industrielles.3 Préservons également nos récoltes en les conservant, les déshydratant ou les fermentant, et redécouvrons des pratiques simples comme les graines germées. Cuisinons ; compostons ; choisissons des meubles et des vêtements durables ou d’occasion ; réduisons au maximum l’usage du plastique non biodégradable et trions nos déchets ; optons pour des produits solides (savons, shampooings) ; utilisons des énergies renouvelables ; repensons nos modes de déplacement. Engageons-nous également, en tant que citoyen·ne·s consommateur·ice·s : interpellons les restaurants, les commerces, les cantines, les écoles, ainsi que les autorités locales et nos lieux de travail.
Inviter au changement, avec simplicité et bienveillance, est un engagement quotidien. Les commerçant·e·s et les producteur·ice·s perçoivent ainsi une demande grandissante. Cette implication pour un changement de mentalité est essentielle à l’échelle d’une société. Certes, c’est un travail de fourmi, une préparation de terrain. Mais une multitude de fourmis peut bâtir les bases d’une nouvelle civilisation. N’oublions pas que nous fonctionnons par mimétisme : plus nous serons nombreux·ses à agir ainsi, plus ces pratiques seront acceptées. Plus ce type de consommation deviendra une norme, plus il sera toléré socialement… et donc généralisé.
Développer de nouveaux liens au vivant et transmettre cette sensibilité aux enfants
Sortons de nos écrans et partons à la découverte de la nature. Laissons pousser nos jardins de façon plus sauvage et poétique ; invitons les fleurs, les animaux, les insectes et les oiseaux ; observons-les avec bienveillance et secourons-les si nécessaire. Prenons le temps de regarder le ciel, les étoiles, les nuages, la mer. Mettons les mains dans la terre, respirons les saisons, marchons pieds nus, baignons-nous dans les rivières et les océans. Développons notre compassion envers les êtres humains, les animaux et les végétaux. Émerveillons-nous du vivant.
Impliquer nos enfants est un investissement sur le long terme. Donnons-leur le goût de cultiver des légumes et des fruits, de cueillir les plantes sauvages, de se nourrir « à la croque » (aliments directement cueillis sur l’arbre). Léguons-leur notre connaissance des milieux naturels et des animaux. Invitons-les à participer à des actions concrètes : nettoyages de la nature, surveillances de la biodiversité, sauvetages animaliers. Apprenons-leur l’empathie, le soin, l’éthologie, afin qu’ils construisent leurs propres choix, notamment alimentaires. Il est important de faire grandir nos enfants dans la nature, chaque jour. Aidons-les à percevoir le merveilleux : une herbe qui pousse, un fruit qui mûrit, un arbre qui grandit, une rivière qui gonfle, une lune qui traverse le ciel, une naissance animale, un papillon sur une fleur. Rappelons-nous ceci : nous ne voulons pas détruire ce qui nous émerveille. Aussi, l’émerveillement des enfants est la meilleure garantie qu’ils protègeront le vivant.
Prendre soin de soi et se relier aux autres
Essayons de comprendre l’origine de nos souffrances individuelles et collectives ; entamons des démarches de réparation et de guérison intérieures ; prenons-nous en charge, afin d’adopter une posture constructive et bienveillante envers autrui ; prenons du temps pour nous-mêmes et visons notre propre équilibre – de la psychothérapie à la pratique artistique, en passant par des activités spirituelles ou sportives, les possibilités sont quasi infinies ; relions-nous aux autres de multiples façons : initiatives solidaires, sociales, associatives, spirituelles, sportives ou politiques.
L’idée principale est de tout faire pour atteindre un bien-être intérieur authentique, afin d’être bénéfique pour autrui. Développer notre compassion et voir l’humanité comme une grande famille est une clé pour transformer notre société. De même, appréhender l’ensemble du vivant comme un monde interrelié où notre amour aurait toute sa place est un moteur puissant pour évoluer. Cette façon de voir et de vivre, si elle n’est pas naturelle au départ, peut le devenir à force d’entraîner son cœur et son esprit. En ce sens, la recherche spirituelle et la philosophie peuvent nous aider à prendre de la distance vis-à-vis de nos misères passagères et de nos angoisses existentielles.
Créer et multiplier des pôles de résistance
Si de nombreuses initiatives voient le jour, il s’agit de généraliser la création de fermes nouvelles protégeant les sols et la biodiversité, notamment via la promotion de l’agriculture véganique. Cette méthode, qui allie les principes du véganisme et de l’agriculture biologique, régénère la fertilité des sols par des engrais végétaux, prouvant que l’on peut cultiver sans aucune exploitation animale. Nous pouvons également envisager un sanctuaire pour animaux dans le cadre de nos cultures, qui apporte des engrais naturels sans exploitation. Mais il convient, surtout, de développer de véritables « pôles alimentaires » (lire le chapitre Propositions écologiques) et de construire des écolieux où l’on apprend à vivre de façon solidaire, selon un type de gouvernance plus horizontal. Un modèle hybride particulièrement inspirant se développe également : le sanctuaire-écolieu, où le refuge pour animaux rescapés sert de noyau à un projet de vie collectif. À l’image du Black Sheep Animal Sanctuary ou des Vegan Ecovillages, l’idée est de transformer radicalement notre lien au vivant : on ne « possède » plus d’animaux de rente, on cohabite avec des individus libérés de l’exploitation. Ces initiatives ont aussi l’avantage d’expérimenter concrètement de nouvelles façons d’habiter le monde. Il est en effet plus facile de transformer une petite communauté qu’une nation entière. Ces lieux peuvent ainsi devenir des laboratoires vivants où s’inventent progressivement de nouvelles formes de coopération, d’autonomie, de gouvernance et de solidarité.4
De tels lieux peuvent devenir des centres de pédagogie active (écoles), complétés par des magasins bio, des restaurants, des gîtes, ainsi que des centres de réparation, de prêt, de troc ou de vente d’occasion. Des formations liées aux enjeux solidaires et écologiques, ainsi que des chantiers participatifs – notamment dans le domaine de la permaculture et de l’écoconstruction – pourraient s’y développer. Nous pouvons imaginer des villages assez grands : ainsi, de nouveaux écosystèmes émergeraient, renforçant la solidarité et la protection du groupe. Un minimum d’autonomie pourrait alors être concrétisé sur différents plans : nourriture, énergie, habitat, gestion de l’eau ou éducation. Ces villages pourraient ainsi devenir de véritables vitrines, capables d’inspirer d’autres citoyen·ne·s.
Fédérer et amplifier ces pôles de résistance
Il existe déjà des réseaux inspirants comme le Global Ecovillage Network ou la Coopérative Oasis. 5 Nous pourrions désormais passer à une échelle supérieure en créant des maillages de solidarité et des chaînes de résistance encore plus structurés. Tous ces lieux, portés par une vocation philosophique et écologique commune, gagneraient à s’unir au sein d’une structure de défense et d’entraide mutuelle pour renforcer leur résilience collective. Nous pourrions imaginer un réseau international autonome, géré démocratiquement, soutenu par un fonds de dotation citoyen (par le biais de cotisations, par exemple). L’objectif serait de sécuriser ces projets face aux pressions extérieures et d’éviter leur épuisement. En mutualisant des soutiens techniques, juridiques et psychologiques, cette « alliance du Nouveau Monde » permettrait d’envoyer, en cas de crise (mauvaises récoltes, aléas climatiques, difficultés juridiques ou financières), une main-d’œuvre qualifiée, des experts, des avocats, voire un soutien financier. L’idée n’est pas de centraliser ces initiatives ni d’entraver leur autonomie, mais de les accompagner pour qu’elles deviennent solides, dans une société encore réticente à ces formes de libération.
Bâtir une économie de l’entraide et de la solidarité : les monnaies locales ou autres systèmes d’échanges
Pour garantir l’indépendance de ces pôles de résistance, il est essentiel de réapprendre à échanger autrement que par le système financier classique. Inspirés par les monnaies locales citoyennes (comme l’Eusko ou la Gonette) et les Systèmes d’Échange Local, 6 nous pourrions généraliser l’usage des « banques de temps ». Le réseau des Accorderies 7 est un excellent exemple : une heure de service rendu vaut une heure de service reçu, quel que soit le talent partagé. Ce principe est simple et juste. En utilisant des plateformes de troc et des fonds de secours mutuels, comme le permet déjà le réseau international Community Exchange System,8 nous pouvons créer un bouclier solidaire face aux crises économiques et préparer de nouvelles habitudes pour asseoir notre souveraineté. Reprendre le contrôle sur nos échanges, c’est remplacer la recherche du profit par la valeur du lien humain. Cela nous rappelle que la véritable richesse ne réside pas dans l’accumulation, mais dans notre capacité à nous soutenir les uns les autres, dans le but de prendre soin de la communauté et du vivant.
Organiser des Constituantes-laboratoires à grande échelle
Au-delà des micro-gouvernances locales, qui sont déjà des tests extrêmement intéressants, le moment est venu d’organiser de véritables « Constituantes-laboratoires » à un échelon national, voire international. L’objectif est de jeter les bases d’un nouveau contrat social et écologique, indépendamment des institutions et des partis actuels. Ces assemblées citoyennes, ouvertes et connectées, auraient pour mission de rédiger une toute nouvelle Constitution, pensée pour l’ensemble des êtres humains et du vivant.
En s’appuyant sur les outils de la démocratie directe déjà testés dans de nombreux écolieux et communautés autogérées (tirage au sort, mandats tournants, décisions par consentement), ces laboratoires seraient les premiers jalons d’un Nouveau Monde pensé et structuré, un modèle de société souverain et résilient. Ce travail de fond ne serait pas un projet vain et utopique, mais une base fonctionnelle destinée à démontrer qu’une organisation humaine à grande échelle, fondée sur l’entraide, la justice, la liberté individuelle et le respect absolu de la biosphère et des animaux, est non seulement possible, mais prête à être déployée. Ces premières constituantes pourraient ainsi devenir le phare d’un mouvement de transformation globale, en vue d’inspirer les générations futures.
Continuer de nous investir au niveau politique, syndical et associatif
En parallèle de tout ce qui a été exposé, l’engagement politique (propositions de lois, défense des populations humaines et du vivant, participation aux élections et aux projets collectifs), syndical (défense des travailleurs et des travailleuses) et associatif (terreau essentiel pour sensibiliser et agir en faveur de l’humain, des animaux et de l’environnement) est incontournable.
Il l’est pour trois raisons essentielles. Premièrement : demeurer dans une dynamique d’action afin d’améliorer, autant que possible et par tous les moyens institutionnels existants, la condition humaine, animale et du vivant. Deuxièmement : préserver nos démocraties actuelles, aussi fragiles et imparfaites soient-elles, pour empêcher les logiques de domination d’affaiblir davantage les structures publiques encore en place. Troisièmement : maintenir un niveau minimum de conscience politique, écologique et sociale, grâce aux espaces d’expression encore disponibles, aussi toxiques soient-ils.
Déserter le monde politique pour nous consacrer exclusivement à nos projets (écolieux, constituantes-laboratoires) serait une erreur stratégique majeure. Certes, nous devons éviter de nous épuiser dans cet univers si violent, mais il est dans notre intérêt de ne pas abandonner le terrain aux forces adverses. Continuons de dénoncer la violence sociale, les guerres, le colonialisme, le vol des richesses, la destruction de l’environnement, l’exploitation des animaux et du vivant, le sexisme, le racisme, l’antisémitisme et toute forme de violence envers les minorités. Pour cela, appuyons-nous sur les cadres existants : le droit international et les constitutions.
Souplesse, discrétion et solidarité
Dans un monde au contrôle sécuritaire de plus en plus étouffant, nous devons nous tenir prêt·e·s à faire face à des attaques administratives ou physiques. Des personnes engagées peuvent être menacées, agressées ou usées par l’adversité ; des lieux peuvent être détruits ou démantelés ; des groupes ou des associations peuvent être dissous. Poser les graines d’un nouveau monde exige de l’endurance : c’est un marathon, pas un sprint. Nous devons garder en tête que nous nous engageons sur le long terme. Soyons-en conscient·e·s et ne cherchons pas les victoires rapides, au risque de désespérer.
Face aux difficultés, il nous faudra accepter les revers, puis repartir autrement. Être souples, solidaires, parfois discrets, sera nécessaire. Tantôt il sera juste de construire en pleine lumière, tantôt il faudra agir de façon silencieuse, voire clandestine. L’enjeu est d’aller loin et de passer le témoin à la génération suivante. Gardons toujours cette perspective à l’esprit.
La vérité, la non-violence et l’amour
Ces trois fondamentaux sont essentiels. Tout d’abord, il sera toujours honorable et pertinent de demeurer dans une posture de vérité – et de recherche honnête de la vérité –, en évitant d’utiliser toute forme de mensonge, de manipulation ou de perfidie. Ce que nous entreprenons est noble, juste et sage : aussi devons-nous incarner un meilleur avenir en nous interdisant d’utiliser des moyens que nous condamnons. Rappelons-nous que la vérité finit souvent par éclairer et gagner. C’est elle qui libère. Comme le dit le proverbe, « Le mensonge prend l’ascenseur, tandis que la vérité prend l’escalier ». Même si la vérité ne paraît pas « rentable » tout de suite, elle finit toujours par être une alliée sur le long terme.
De même, il serait sage et conséquent de demeurer fidèles au principe de non-violence. Car nous militons pour la paix. Aussi, cette non-violence doit être un socle inamovible de nos futures sociétés. Dans certains cas, nous défendre juridiquement ou physiquement peut être une option légitime et nécessaire, car la non-violence ne consiste pas en la soumission et l’acceptation de la tyrannie. Nelson Mandela disait lui-même : « C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'aura pas d'autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n'était qu'une forme de légitime défense. » Ce grand résistant qui luttait pour la fin de l’apartheid en Afrique du Sud nous indique ici que nous défendre contre l’oppresseur peut nous mener à une forme de résistance physique assumée, sans haine, dans le but de nous défaire de nos chaînes. Cependant, ces violences ne peuvent en aucun cas devenir des moteurs et des buts. La non-violence doit être un principe de base, une philosophie de vie respectée au quotidien.
Enfin, notre engagement primordial est celui de la paix et du pardon. C’est donc le cœur empli d’amour que nous irons loin : nos visions brilleront dans les yeux de nos arrière-petits-enfants. Avec la haine – celle que nous refusons actuellement dans notre société –, nous serons certes en mesure d’infliger beaucoup de dégâts, mais nous n’emmènerons personne sur nos épaules dans le temps. Car observons une loi naturelle : la haine finit toujours par s’autodétruire. Alors, entreprenons tout dans l’amour et la joie, même les luttes les plus difficiles : ainsi nous transmettrons une boussole fiable et solide à la hauteur de nos espoirs les plus élevés.
Conclusion
On peut espérer, même si cela semble peu probable, que tous ces efforts aboutissent à des changements majeurs de mentalité et que nos engagements politiques, conjugués aux efforts de terrain, mènent à une transformation profonde de nos paradigmes. Les systèmes démocratiques en place, bien qu’actuellement imparfaits, pourraient être les outils du changement de civilisation que nous espérons.
Même si ce développement de scénario est très optimiste, nous pouvons y croire. Cependant, compter exclusivement sur cet aboutissement heureux pourrait être dangereux. En effet, il est vraisemblable que nos efforts ne trouvent leur utilité que bien plus tard, et que nous soyons rattrapés par le scénario n° 2 : celui d’une amplification des crises, allant jusqu’à des effondrements partiels de notre société.
✦ Scénario N°2 – Crises majeures, effondrements partiels ✦
C’est le temps des crises aggravées, faisant vaciller un système de plus en plus vulnérable. Ces crises pourraient être de différentes natures : conflits armés (guerres mondiales, invasions ou guerres civiles), effondrements économiques provoquant des révoltes sociales, catastrophes climatiques ou écologiques déséquilibrant nos sociétés, ou crises énergétiques sans précédent. Une lutte nécessaire contre un pouvoir fasciste pourrait également créer de grandes instabilités. D’autres secousses encore, aussi vastes qu’imprévisibles, pourraient survenir en cascade, par un effet domino dévastateur.
Quoi qu’il en soit, l’Histoire n’est jamais terminée. Toutes ces crises, véritables soubresauts historiques, pourraient être envisagées comme des opportunités ou des déclencheurs. Certes, de telles crises aboutiraient à de grands malheurs et de grandes difficultés : il ne s’agit pas de s’en réjouir. Mais si elles sont inévitables, autant en saisir l’opportunité politique. Un système qui hoquète est un système qui courbe l’échine : il devient alors vulnérable. Les engagé·e·s pour l’humain et le vivant, déjà organisé·e·s en réseaux autonomes, pourraient alors inviter l’ensemble de la population à une bifurcation complète. Lors de ces crises majeures, nous pourrions :
Enraciner et multiplier nos pôles autonomes
En période instable, tous ces lieux collectifs (pôles alimentaires, écoles, espaces associatifs) seront nos quartiers généraux. Il faudra les défendre de façon populaire, solidaire, et les consolider ; nos fermes seront plus utiles que jamais : non seulement elles aideront à nourrir la population, mais elles l’encourageront à envisager elle-même sa souveraineté. Ces lieux de repli, multipliés et interconnectés, auront une chance de s’inscrire et de s’enraciner dans le quotidien des citoyen·ne·s ; ils seront les lieux de la résistance, de la survie et de l’organisation d’un mouvement plus général. Plus que jamais, nous devrons les fédérer, afin qu’ils révèlent leur puissance. Bien sûr, dans ce cas de figure, les résistant·e·s devront se tenir prêt·e·s à subir de nombreuses attaques politiques, médiatiques, voire administratives et physiques, de la part d’un régime en perte de contrôle. Il sera alors de notre responsabilité de prouver notre pacifisme et de fraterniser avec la police ou l’armée. Il s’agirait, d’une certaine façon, d’une situation prérévolutionnaire. Une grande partie de ces lieux devra être officielle et servir de refuge, tandis que d’autres seront plus discrets, voire clandestins, afin d’anticiper et d’éviter des destructions massives ou des perquisitions.
Créer notre programme « La Terre Heureuse »
Nous pourrions nous inspirer d’un fait important dans notre histoire du siècle dernier : ce qu’ont fait nos aïeux résistants pendant la seconde guerre mondiale, en préparant le programme appelé « Les Jours Heureux ».9 L’objectif de ce programme visait tout d’abord à organiser la lutte contre l’occupant nazi et la milice française de Vichy, puis à instaurer une profonde justice sociale dès la Libération. Élaboré dans la clandestinité sous la direction de Jean Moulin, il unissait différentes composantes de la Résistance. Ce programme, intitulé Les Jours Heureux, n'est pas resté une simple déclaration d'intention : il est devenu le socle du modèle social français moderne. Son impact a été si massif qu’il structure aujourd’hui encore l'organisation de la France. Rappelons rapidement ses apports décisifs : la création de la Sécurité sociale (santé, retraite, famille, accidents du travail), le rétablissement des congés payés, les nationalisations stratégiques de l’Énergie (création d’EDF et GDF), de la banque (Banque de France et grandes banques de dépôts) et de l’Industrie (usines Renault10 et charbonnages). Les Comités d’entreprise furent créés, une liberté syndicale retrouvée.11 Côté presse et culture, afin d’éviter que les puissances d’argent ne contrôlent l’opinion (comme ce fut le cas avant-guerre), des lois sur la liberté de la presse furent promulguées, visant à garantir l’indépendance des journaux vis-à-vis des banques et des industriels.12 En résumé, ce programme du Conseil National de la Résistance (CNR) a créé « l’État-providence » à la française, qui est devenu une référence absolue pour toutes celles et ceux qui défendent les services publics et la solidarité nationale. Nous pourrions nous en inspirer, non pas en faisant un copier-coller anachronique du programme des résistants, mais en prenant en considération nos aspirations à un nouveau monde, tandis que l’ancien agonise. Ce programme ne viserait plus seulement la reconstruction d’un pays dévasté, mais la création d’une véritable souveraineté du vivant. Là où nos aïeux ont bâti la solidarité nationale et la protection des travailleur·euse·s, nous instaurerions une justice sociale élargie, une nouvelle forme de gouvernance et une organisation humaine réconciliée avec la biosphère. Ce pourrait être le programme La Terre Heureuse, en référence aux Jours Heureux ; autrement dit, la mise en œuvre politique d’une véritable Écologie de la Bonté au service des humains et du vivant.
En résumé, si de grandes crises survenaient, nous pourrions nous en saisir pour proposer un nouvel horizon programmatique, comme le firent nos arrière-grands-parents dans une situation extrêmement compliquée. Réalisons que c’est dans les pires difficultés que nous pouvons tenter d’appeler la lumière et bâtir du nouveau. Si elle ne nous tue pas, la souffrance peut nous donner des ailes et le courage d’oser. C’est quand nous n’avons plus grand-chose à perdre que nous visons les étoiles, n’est-ce pas ? Une démocratie plus aboutie, un partage social ambitieux, l’avènement d’une écologie de la compassion… Si le CNR a sauvé l’humain par le social, La Terre Heureuse pourrait sauver le monde par le vivant.
Assemblées Constituantes fonctionnelles et stratégie du double pouvoir
Les Constituantes du nouveau monde pourraient enfin se révéler dans toute leur utilité : organisées à l’échelle locale mais reliées à un niveau international, elles seraient défendues comme une alternative légitime, sans bousculer directement le pouvoir en place. Nous parlons ici d’une nouvelle Constitution et d’un nouveau mode de gouvernance, évoluant pacifiquement et parallèlement aux régimes encore présents. Ceci serait une invitation populaire à diriger, dans le cadre d’un gouvernement ouvert à toutes et à tous : une sorte de régime alternatif autonome, rendant progressivement obsolète l’autorité en place. Bien sûr, rien de tout cela ne pourrait fonctionner sans un large soutien populaire, ainsi que celui d’une partie des forces de sécurité (police et armée).
Ce procédé n’a pas d’équivalent historique : il ne s’agirait pas d’un coup d’État, mais de la création progressive d’un système politique et économique parallèle, aux ramifications internationales. Cette Constitution de la Paix serait un appel permanent à la fraternité et à la sororité, à la Résistance pour une Terre Heureuse, et à l’implication politique de chaque citoyen·ne. Une manière nouvelle de se réunir et de se projeter, au-delà des frontières. Dans un premier temps, la structure pourrait prendre la forme juridique d’une ONG. Mais son ambition serait explicite : offrir une alternative légitime aux gouvernements ayant failli à leur mission. Une règle fondamentale devrait être respectée : il n’y aurait pas de chef·fe, mais des formes de démocratie directe, évoquées plus tôt dans ce livre. Cette stratégie du « double pouvoir » permettrait d’éviter un affrontement direct, privilégiant un remplacement progressif, en attendant le moment de la « bascule démocratique ». Ceci est un plan, un cadre de réflexion ; en aucun cas une description détaillée de ce qui arrivera. Il faudra s’adapter en permanence.
Souplesse, adaptabilité et solidarité populaire
Créer un contre-pouvoir en vue de basculer vers une nouvelle autorité populaire, aussi légitime soit-elle, est périlleux. Nous aurons besoin de relais internationaux solides, de personnalités de premier plan, du soutien des syndicats et des associations pour aider à la bascule. Rien ne s’écrira exactement comme nous le prévoirons : la souplesse et l’adaptabilité seront des qualités essentielles pour sortir positivement de ce chaos. Des chaînes de solidarité populaire devront s’organiser au fil des évènements, qui pourraient durer des années : nourrir, défendre et sécuriser les populations désireuses de reprendre leur destin en main sera un défi permanent. S’unir et résister seront les mots d’ordre, en attendant que le peuple se saisisse du pouvoir.
Désobéissance civile et auto-défense
La question de la désobéissance civile, dans le but de se défendre, devra être abordée sans timidité : les résistants doivent protéger leur Résistance. En suivant des règles éthiques et morales propres à nos programmes (aucune violence gratuite, demeurer dans la justice et la proportion, la bonté et la compassion), nous serons en mesure d’être cohérent·e·s et de demeurer fidèles à nos objectifs de paix. Il va sans dire que face à un pouvoir fasciste qui tenterait de détruire ces pôles du Nouveau Monde, il nous faudrait réagir en conséquence et adapter nos méthodes de lutte.
Informatique et IA
Il est ultra-nécessaire que des spécialistes de l’informatique et de l’I.A. nous aident dans notre entreprise d’existence. Les pouvoirs actuels sont surarmés et suréquipés technologiquement. Il ne faudra jamais sous-estimer cette question : viser la sobriété et la paix ne doit pas nous rendre inoffensifs. La communication (création de réseaux numériques indépendants), le renseignement ou notre capacité à déjouer d’éventuelles attaques (cybersécurité) exigent des ingénieurs compétents et des moyens conséquents. Il s’agit ici de mettre l’intelligence artificielle et la puissance numérique au service de la protection des pôles de résistance.
Internationaliser le mouvement
Enfin, l’internationalisation de ces mouvements de libération – disons « ces mouvements » au pluriel, car il ne pourrait s’agir que d’une pluralité de mouvements interreliés – est incontournable pour une victoire durable. S’enfermer dans un projet local ou national serait la garantie d’un délitement ou d’une destruction rapide. Ce mouvement général, qui est avant tout un mouvement de conscience (et non un mouvement idéologique, politique et militarisé), doit nourrir sa propre volonté de s’étendre comme une tache d’huile, afin de rendre impuissantes les représailles de l’ancien monde.
Conclusion
Sans faire de politique-fiction, l’histoire nous montre que les grandes crises, aussi difficiles soient-elles pour les populations et l’environnement, sont des moments-clés pour tenter de nouveaux projets. Notre monde, pour des raisons géopolitiques, économiques, écologiques et énergétiques évidentes, avance sur des terrains particulièrement incertains. Guerres biologiques, nucléaires, politiques ou économiques, surveillances accrues et attaques de drones, renseignement de pointe et couvertures satellites : tout nous indique que nous ne sommes plus en 1945. Il faudra donc attendre que nos systèmes soient très affaiblis et que le soutien populaire soit massif pour appeler au changement radical. Les internationales que nous créerons au préalable devront être très actives pour répandre le changement sur plusieurs continents : elles seront une clé de la réussite. Il ne faut pas imaginer une révolution d’armes et de sang, mais plutôt une prise en main naturelle de la part de peuples qui ont trop longtemps souffert. Un tel mouvement ne sera ni la Révolution de la haine, ni celle de la vengeance ; mais celle de la Paix, qui ne recherche que la Paix. Une Humanité qui s’éveille, disant stop à l’injustice et à l’obscurantisme.
Il se peut, pourtant, que rien de tout cela ne réussisse, et que nous passions assez vite au scénario n° 3.
✦ Scénario N° 3 – Effondrement global ✦
Quelles qu’en soient les raisons (ravages nucléaires, effondrement de l’agriculture et de l’économie, réactions en chaîne suite à une crise financière mondiale sans précédent), un effondrement généralisé aboutirait à un chaos quasi mondial. Des études psychosociales indiquent que, dans un premier temps, les populations seraient plutôt soudées et solidaires face à l’impensable : c’est ainsi que réagit notre espèce, qui a de forts réflexes d’entraide. Afin de faire face à la catastrophe, nous pouvons raisonnablement penser que la majorité de la population survivante se serrerait les coudes.13 Dans un second temps, pourtant, il est probable que des groupes se constitueraient, aboutissant à des luttes fratricides pour s’accaparer les ressources. Des violences, des razzias et de nouvelles hiérarchies empoisonneraient sûrement cette période. La raréfaction des ressources, l’éventuelle contamination des eaux, les pénuries alimentaires provoqueraient de grands stress au sein d’une population non habituée à vivre de façon autonome. Notre survie dépendrait donc de notre capacité à nous réorganiser assez rapidement en groupes, de façon souple et solidaire. Dans un troisième temps, certains chercheurs estiment que les groupes les plus soudés, fonctionnant selon des principes d’entraide, seraient les plus à même de survivre. Être autonomes, mobiles, compassionnels et porteurs d’espérance : voilà les véritables ressorts de notre survie, le socle d’un nouveau départ.
Nous pouvons espérer qu’au fil des années, les efforts engagés dans nos pôles autonomes, ainsi que les habitudes développées par les résistant·e·s (empathie, protection et connaissance du vivant, spiritualité douce, vie collective) permettront de créer les conditions d’un nouveau départ, fondé sur de nouvelles valeurs. Gageons que nous ayons assez de force, d’intelligence et d’inspiration pour tisser de nouvelles connexions, telles des réseaux de neurones se reliant sur toute la surface de la Terre ; celles-ci pourraient devenir la structure profonde de sociétés plus démocratiques, pacifiques et bienveillantes. Tout se jouera en quelques décennies, voire en quelques siècles. Vivre plus sobrement, en conscience, en transmettant la mémoire de nos échecs et de nos souffrances, sera la garantie de ne jamais retomber dans nos écueils actuels. Que soient oubliées les nations, les frontières et les patries : tout ce qui divise et s’érige entre nous. Si nos graines plantées aujourd’hui sont saines et bien conservées dans nos mémoires, elles pourront germer et fleurir autre part, autrement, à une autre époque : nos lointains petits-enfants comprendront qu’il est essentiel de respecter la Vie, d’allier la spiritualité à la politique, la morale à la technologie, l’amour à l’action. Nous ne pouvons imaginer tous les défis qui nous attendent, mais nous pouvons ressentir dans nos cœurs que nous serons capables de trouver des solutions, pourvu que nous ayons les pieds sur Terre et les yeux dans les étoiles.
N’oublions jamais que le temps passe inexorablement, pour le pire et le meilleur… mais le Soleil succède toujours à l’orage. Faisons-nous confiance : nous avons en nous-mêmes des potentiels de résilience inimaginables, ainsi que des réflexes d’entraide et de compassion extraordinaires. De telles souffrances collectives – celles que nous connaissons aujourd’hui – pourraient déboucher sur des printemps nouveaux, dans des cœurs élargis. Nous aurions tort de ne pas y croire, car la foi fait beaucoup.
« Poser les graines d’un nouveau monde exige de l’endurance : c’est un marathon, pas un sprint. »
Notes et références
- Aux États-Unis, la police de l’immigration (ICE) commet des meurtres sans procès. Donald Trump multiplie les pressions douanières, les menaces territoriales (Canada, Groenland, Venezuela, Cuba) et les interventions militaires pour imposer sa loi, notamment face à l’Iran. Cette administration brutale, qui rejette la science et l’écologie, démantèle les services publics sous la tronçonneuse d’Elon Musk. Parallèlement, Vladimir Poutine (26 ans de règne) bombarde sans relâche l’Ukraine pour étendre son Empire. Quant à Benjamin Netanyahou, il poursuit sa colonisation et son écrasement méthodique du peuple palestinien, dans une dérive messianique assumée. Malgré des accusations de crimes contre l’humanité et un mandat d’arrêt international (tout comme Poutine), il frappe l’Iran et le Liban au nom d’une « légitime défense » qui défie toute logique sur le plan du droit international (2026). Face à cela, l’Europe semble plus préoccupée par les affaires que par les droits humains : elle demeure inactive et peu démocratique dans son fonctionnement. ↩
- L’inversion du réel est désormais la norme : par un tour de passe-passe rhétorique, les antifascistes deviennent les fascistes, les antiracistes deviennent les racistes, les agresseurs deviennent les victimes innocentes – à l’image de l’État d’Israël invoquant son droit de défense en décimant des milliers d’enfants palestiniens désarmés. ↩
- Des associations et semenciers défendent encore les semences biologiques et reproductibles, comme : Kokopelli, Semailles, Sativa, Cercatori di semi… ↩
- Voici quelques exemples : Eotopia (Saône-et-Loire, France) est un écolieu 100 % végan qui expérimente une économie basée sur le don (presque sans argent) : www.eotopia.org ; Nature Community (Bavière, Allemagne) est un ancien complexe hôtelier transformé en un village végan, accueillant environ 70 résident·e·s (adultes et enfants) : nature-community.de. Fruit Haven (Équateur) est un réseau de plusieurs communautés dans la forêt amazonienne, dédié à un mode de vie fruitalier et végan. Leur modèle repose sur l'achat collectif de vastes terres pour y planter des forêts nourricières sans exploitation animale : fruithaven.land. Sadhana Forest (Inde, Haïti, Kenya) est un réseau international de reboisement et de vie communautaire végane axé sur la restauration d'écosystèmes : sadhanaforest.org. Le Black Sheep Animal Sanctuary (Nouvelle-Zélande) est un refuge pour animaux de ferme fonctionnant comme une communauté végane et horizontale, alliant protection animale et mode de vie militant, proche du modèle des écovillages : www.theblacksheep.org.nz. ↩
- Le Global Ecovillage Network est un réseau international fondé en 1995. Il relie des milliers d’écovillages et de projets communautaires sur les cinq continents : ecovillage.org ; La Coopérative Oasis, liée au Mouvement Colibris, est un réseau regroupant plus de 1 000 lieux (écolieux, habitats groupés, fermes collectives) : il propose un accompagnement juridique, financier et humain pour sécuriser les projets : www.colibris-lemouvement.org ; Le Réseau Français des Écovillages fédère des projets ayant une forte dimension de vie collective et d’autonomie : ecovillagesfrance.wordpress.com ; Revue Écovillage Global : www.passerelleco.info. ↩
- Échanger des services sans argent (SEL), par exemple avec le Réseau de Collectifs en Recherche de Résilience : asblrcr.be/collectifs-citoyens/sel (Belgique). ↩
- Les Accorderies sont des communautés de vie et de solidarité implantées sur les territoires, fondées sur un système d’échange de services utilisant une monnaie temps : www.accorderie.fr (France, Québec). ↩
- Le Community Exchange System (CES) est une plateforme mondiale de services en ligne permettant de gérer des réseaux d'échange locaux sans monnaie conventionnelle, utilisant un système de crédit mutuel. En favorisant les circuits courts et la valorisation du travail local, le CES vise à renforcer la résilience des communautés et la durabilité écologique : www.community-exchange.org. ↩
- Ce programme, adopté le 15 mars 1944 par le Conseil National de la Résistance (CNR), a été dirigé par Jean Moulin, puis Georges Bidault, en pleine lutte pour la libération face aux nazis et au gouvernement français collaborateur. Le régime de Vichy, dirigé par Philippe Pétain et Pierre Laval, s'appuyait sur la Milice française, une force paramilitaire créée en 1943 pour traquer les résistants et les Juifs aux côtés de la Gestapo. ↩
- Notons que Renault fut sanctionnée pour collaboration. Actuellement, nombre d’entreprises polluant la Terre et exploitant les êtres humains pourraient être sanctionnées de la même manière et mises sous contrôle direct des citoyen·ne·s. ↩
- Les syndicats avaient été dissous par Vichy. ↩
- Notons que nous avons le même problème aujourd’hui. ↩
- Lire Le Grand (R)Éveil pour explorer les études comportementales en temps de crise majeure, ainsi que les réactions probables d’une humanité déstabilisée au plus profond de ses structures. Se référer à également l’ouvrage de référence : L’entraide – L’autre loi de la jungle De Pablo Servigne et Gauthier Chapelle. ↩
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Ce chapitre est extrait de L’Écologie de la Bonté – Manifeste pour le vivant, un ouvrage consacré aux transformations intérieures, politiques, sociales et écologiques nécessaires pour bâtir une civilisation respectueuse de tous les êtres vivants.
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